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Full text of "Album du Salon de 1840 : collection des principaux ouvrages exposés au Louvre, reproduits par les peintres eux-mêmes, ou sous leur direction"

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PARIS 



SALON 1840 



PUBLIE PAR M. CIIALLAMÏt 




Ktjirtôirite par Ue pWtisto tn#*mimat 



OU SOUS LEUR DIRECTION 



PAR MM. ALOPHE, BARON, BOUR, CHALLAMEL, EUG. GICÉRI, FRANÇAIS, 
HENRIQUEL-DUPONT, MOUILLERON, 
CÉLESTIN NANTEUIL, LÉON NOËL, W. WYLD, etc., 



PREFACE PAR LE BARON TAYLOR, 

TEXTE PAR AUGUSTIN CHALIAMEL, 




CHALLAMEL, ÉDITEUR, 4, RUE DE L ABBAYE (au premier). 

CIhm tous les libraires et marchand) «l'estampes de la France et de l'Étranger 

1840 





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spît'Mî-cït£ï« W l& gfoxntt Wïiiivmt€ 



REVUE DE IA LITTERATURE , DES SCIENCES ET DES ARTS. 






PARIS 



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(PRÈS LE PONT-NEUF.) 



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ALBUM 




DU SAIOI 111 



©@6,1,I©T«©H DES M0ra©3M»JX ©M¥Bfl©ES 
EZPOSÉS AU LOUTRE 

OU SOUS LEUR DIRECTION , 

Par MM. Alophe, Lion M, W. Wyld, Français, Champin, Tirpinne, CMIaiil, Bour, 
fam?is»ns, Eug. Citiri, Mouillwon, Sonion, etc., sic. 

PRÉFACE PAR LE RARON TAYLOR. 

TEXTE PAR JULES ROBERT. 



L'amitié ou l'antipathie, et quelquefois même la hnine , 
n'ont que trop souvent présidé aux revues critiques des expo- 
sitions île peinture. Quant à nous, noire seul but , en publiant 
cet Album, est rie mettre sous les veux des amateurs de beaux - 
arts el ues étrangers, les plus billes productions des célé- 
brités artistiques de la France. 

Artistes uons -mêmes , nous espérons servir la cause des 
artistes, auxquels nous dédions cet ouvrage. 



CHALLAMEL, ÉDITEUR, 

AU BUREAU DE LA FRANCE LITTÉRAIRE, RUE DE L'ABBAYE, 
1840 



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I 






I 



PRÉFACE 



La critique d'art ne manque en France ni d'élévation , ni de science ; 
elle possède surtout un grand attrait d'esprit, un grand charme de style; 
mais souvent peut-être elle apporte dans sa polémique des dispositions 
trop ardentes, trop passionnées, des prédilections trop intéressées ou 
des antipathies trop aveugles, pour qu'elle puisse être impartiale. 

Dominée par des entraînements irréfléchis, maîtrisée par des exi- 
gences de coteries et de partis, non moins absolus dans leurs admira- 
tions que dans leurs réprobations; rarement elle s'occupe du soin de 
rechercher la vérité, rarement elle songe à éclairer l'artiste , à l'aider 
surtout et à l'encourager dans les difficiles sentiers de sa noble carrière, 
à lui frayer enfin les voies de la fortune et de la renommée. 

La critique d'aï t dans la plupart de nos feuilles quotidiennes et de 
nos revues périodiques, est principalement occupée du soin de briller 
elle-même. Aussi, souvent séduite par le seul éclat des formes, elle 
étouffe également le germe des talents nouveaux sous le fracas de flat- 
teries qui aveuglent la vanité, ou de sarcasmes qui n'enseignent rien. 
Bien décidée à ne procéder que par système, et à n'accorder des éloges 
qu'aux artistes de la secte reconnue, ou dans l'histoire des arts qu'à 
une seule école. 

Lorsque le Salon, chaque année, se ferme à la curiosité publique, 
que reste-t-il de tout le bruit que la critique a fait autour des œuvres 
qu'il renferme? rien. Pas un conseil pour ceux qui se sont égarés, pas 
un encouragement pour ceux qui laissent espérer de leurs essais un 
avenir brillant, si le talent, quoique jeune et inexpérimenté, était fé- 
condé par d'utiles remontrances. L'art n'y a rien gagné, et le public 
n'a pas été mieux instruit que les artistes de la valeur réelle des œuvres 
qu'il a vues. 

Ce n'est point ainsi que nous concevons la mission si haute et si digne 






de la critique; ce n'est point ainsi que nous comprenons le culte des 
beaux-arts ; ce n'est point ainsi surtout que nous entendons l'intérêt des 
artistes. Éclairer les uns de ses conseils, exciter les autres par une ap- 
probation juste et méritée, tendre la main à tous comme à des frères, 
telle nous semble être la mission auguste de la critique. 

Alors seulement elle consacrera le principe fécond do la liberté de 
l'intelligence. En réclamant pour tous la publicité et l'examen , en vou- 
lant de l'air, du soleil et de l'espace pour tout le monde, elle agira 
divinement comme la nature, qui donne à toute plante le droit de 
croître et de s'élever. Il n'y aura plus d'artistes, ni d'écoles en dehors 
de cette magnifique cité de l'art, où tous les talents ont droit de bour- 
geoisie; il n'y aura plus de parias, assis tristement devant les portes de 
la publicité fermées pour eux. La critique, comme nous l'entendons, 
ne serait ni blessante ni offensive; mais elle irait comme une sœur de 
charité, ange de secours, trouver les jeunes artistes militants pour les 
soutenir, par des paroles amicales et bienveillantes, dans leur mélan- 
colie, trop souvent dans leur juste désespoir. 

Au lieu de proscrire et d'exclure, au lieu d'étouffer certaines ten- 
dances pour en favoriser d'autres, au lieu d'ébrancher certains talents 
qui promettent cependant des fruits, la critique, comme nous la voulons, 
dirait au contraire à toutes les natures artistes : Produisez et multipliez ! 
C'est en effet dans le libre développement de toutes les écoles et de 
toutes les idées dans les beaux-arts, que réside, comme dans la créa- 
tion , le principe de la durée et de la vie. Le génie de la critique doit 
seconder la Providence dans ses vues de fécondité pour l'avenir. Que 
savez-vous si le germe de talent que vous écrasez aujourd'hui ne con- 
tenait pas, pour demain, un autre Michel-Ange? Ne repoussons ni les 
débuts timides, ni les tentatives hardies. Souvenons-nous des premiers 
essais de Raphaël et de Rubens; souvenons-nous que la première fois 
que Ingres signa son nom au bas d'un tableau, il n'annonçait pas le 
peintre de l'apothéose d'Homère. 

La tolérance est surtout nécessaire à notre temps. De toutes parts 
l'esprit humain cherche, explore, tente ; il voudrait s'ouvrir en tous sens 



I 



des voies nouvelles; notre siècle est plein de Christophe Colombs qui 
s'en vont à la découverte d'un nouveau monde. Quelques-uns, sans 
doute, s'égarent; mais, n'y en eût-il qu'un seul qui trouvât, sur mille 
qui cherchent , nous devrions encore à tous une protection et un regard 
bienveillant; car nous ne savons pas d'avance quel sera celui qui tou- 
chera le port. Laissons donc les esprits aventureux de notre siècle se 
risquer, selon leur vocation, dans toutes les directions de l'art, cet 
océan sans bornes. Au lieu de les dégoûter par notre froideur et notre 
ironie, suivons, au contraire, d'un geste amical et d'un sourire encou- 
rageant leur voile déployée. Beaucoup de réputations que nous accep- 
tons aujourd'hui comme des faits accomplis, ont eu à souffrir de nos 
doutes et de nos dédains pendant qu'elles s'accomplissaient. Ne pou- 
vait-on leur adoucir, par des paroles fraternelles, les épreuves toujours 
si pénibles et si amères des premiers essais? 

Jusqu'ici la critique, au lieu d'être une pente douce et facile qui 
porte les jeunes talents à la renommée, a été, au contraire, pour les 
artistes, un courant rapide et entraînant qu'il a fallu remonter. Que de 
découragements, que d'efforts, que de pleurs amers elle a fait répan- 
dre ! Mais le moment est venu pour elle de se montrer libérale et désin- 
téressée dans ses jugements, universelle dans ses vues, impartiale clans 
ses affections : la critique que nous appelons de tous nos vœux , fera 
lever, comme Dieu , le soleil de la publicité sur tous les talents , sans 
exception d'écoles ni de personnes; elle n'aura qu'une loi, la liberté; 
qu'un but, la gloire du pays. 

Laissons à l'avenir le soin de classer la valeur de nos artistes; plus à 
distance que nous de leurs œuvres, il sera plus à portée de les juger. 
Pour le présent, acceptons tout ce qui donne des signes irrécusables 
de puissance et de génie. Aidons de toutes nos forces au libre dévelop- 
pement de toutes les organisations qui cultivent les beaux-arts, faisons 
descendre sur tous, comme une douce rosée, les faveurs du public. 
Plus tard, quand la moisson sera faite, nos fds sépareront l'ivraie d'avec 
le grain, le bien d'avec le mal. Mais, pour le moment, nous courons 
risque d'arracher l'épi en voulant extirper la mauvaise herbe. Mieux 



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vaut encore cultiver un talent infertile que d'anéantir un talent fécond. 
Nous n'entendons pas dire pour cela que la critique doive se départir 
du droit qu'elle a de juger dès à présent les artistes et leurs œuvres, 
nous ne voulons pas lui arracher des mains sa sentence; mais nous 
voudrions qu'elle adoucît son jugement, qui alors deviendrait un con- 
seil et ne flétrirait jamais. La critique qui se sert d'un fouet irrite le 
patient sans le convaincre, elle le refoule en son orgueil. 

La liberté, dans les beaux-arts, a son contre-poids dans le sentiment 
éternel du beau que l'humanité porte avec elle, dans les grands exem- 
ples-que le Vatican, que Florence, que le Louvre étalent à nos études, 
dans le temps qui ne permet pas aux fausses théories, aux talents dan- 
gereux de gouverner éternellement le monde. Laissez tomber vos en- 
couragements sur cette foule qui s'agite autour de vous, et soyez cer- 
tains qu'il en sortira de nobles tentatives et de grandes œuvres. Que la 
critique se fasse généreuse et expansive, qu'elle accepte tous les déve- 
loppements, toutes les formes, toutes les écoles, tous les événements 
imprévus qui changent d'âge en âge la surface de l'art; qu'elle tende 
ses bras à tous les talents engagés dans la lutte, qu'elle montre à tous 
les yeux la gloire comme un but, l'avenir comme une immortalité ! 

Alors se réalisera cette grande cité que nous rêvons; ville univer- 
selle et libérale, où tous les talents auront leur couronne. 

Notre premier but, en créant cette publication temporaire, a été 
d'encourager les artistes par la publicité que nous offrons à leurs œu- 
vres. Nous ne renonçons point, ni au désir, ni au droit de les éclairer 
de nos conseils; mais notre critique, à nous, sera toujours amicale et 
bienveillante, et elle s'efforcera surtout d'être utile par des enseigne- 
ments non moins réfléchis que désintéressés. 



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Publication &la France Littéraire. 



SALON DE J840 





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DE M. BARRE PÈRE 



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FAR IL AMAI!J1Y=©U¥AL 



Mthograpliié par M. AIopUc-ll. 



Un beau portrait est bien difficile à faire , et vraiment il faut être un 
grand peintre, un parfait observateur, un homme bien intelligent, 
pour réussir dans ce genre de peinture. Aujourd'hui surtout que toute 
supériorité de talent ou de finances est coudoyée dans la foule, que 
toute distinction de rangs est cachée sous la coupe uniforme de l'habit 
de drap noir, véritable niveleur, combien faut-il de hardiesse , on peut 
le dire, pour aborder le portrait! combien faut-il de talent pour y 
exceller ! Où sont maintenant ces merveilleuses pompes de costumes , 
ces éclatantes armures , ces riches blasons, ces brillantes couleurs des 
belles soies de Gênes et des velours du Levant? Les longues et cha- 
toyantes écharpes, les superbes colliers que les vieux peintres se com- 
plaisaient tant à reproduire, ne sont plus. Certes, si dans cette magni- 
fique galerie du Louvre où nous piétinons à l'heure qu'il est, nous 
voulons, pour un moment, reporter nos souvenirs vers les beaux por- 
traits des Titien, des ïintoret, des Rubens, et des Van-Dick, nous 
regretterons l'époque à laquelle ces grands artistes ont donné tant 
d'éclat. Nous avons donc à craindre aujourd'hui la monotonie et la 
froideur. 






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Cependant, pour les hommes de volonté et de conscience, point de 
difficultés insurmontables. Il est des peintres qui , chacun dans leur 
voie de progrès, et à quelque école qu'ils appartiennent , recherchent 
d'autres qualités que celle de rendre avec perfection une robe de ve- 
lours ou de satin; qui, sous ce voile de blonde gracieusement attaché, 
veulent voir palpiter les chairs , et qui envisagent avec amour, et sous 
le rapport de l'art, le genre portrait. 

Parmi ceux-là, se place en première ligne M. Amaury-Duval , l'ex- 
cellent élève du peintre d'Homère et de l'Odalisque, de M. Ingres qui 
fit, pour sa gloire et pour notre admiration, les portraits de M. Bertin 
l'aîné et de M. le comte Mole, le ci-devant ministre, l'homme du monde, 
l'académicien. M. Amaury-Duval a pleinement réussi, parce que, 
comme son maître, il professe, avant tout, le culte du dessin pur et 
correct, cette première qualité du portraitiste, préférable à celle 
qu'ambitionne la galanterie des peintres routiniers et sans originalité. 

Le portrait que nous donnons de M. Barre père, l'habile graveur 
en médailles, peint par M. Amaury-Duval, et reproduit avec tant de 
talent par M. Alophe, outre l'exactitude de la ressemblance, réunit 
des qualités du premier ordre. Point d'affectation ni de raideur dans 
l'ensemble; point d'efforts pour séduire. Comme la nature est bien tra- 
duite ! comme cette figure est modelée, habilement peinte! comme 
elle est expressive! Chaque détail peut soutenir l'épreuve de l'analyse 
la plus scrupuleuse. 

M. Amaury-Duval a augmenté encore sa réputation de peintre de vérité dans ce 
portrait, comme dans celui de madame Mennessier-Nodier. Il est né à Paris, en 1808, 
et a fait un séjour de deux ans eu Italie , où il s'est livré à de sérieuses études. 



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TAlLlâU PAS ML E©1I1T JFLMJÎ&Y. 

Lithographie par M. Klouilleron. 



Au coin de la petite rue des Carmes, près de la place Maubert et du 
collège de Presle, habitait Ramus, fameux polygraphe français. Le 
premier il osa douter de l'infaillibilité d'Aristote, et couchait, par Yoie 
de conséquence, et grâce aux persécutions de ses nombreux ennemis, 
dans une petite chambre au cinquième étage. Un dur matelas étendu 
par terre, un escabeau de bois peint, une coupe de faïence, quelques 
livres usés et poudreux, formaient tout l'ameublement. 

Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemi , Ramus était en mé- 
ditation dans la cour du collège où il enseignait, lorsqu'un de ses élèves 
accourut vers lui, l'œil hagard, les vêtements en désordre. 

Le philosophe ne vit et n'entendit rien : il était absorbé par ses 
rêveries. 

— Les voilà! s'écria l'élève, en indiquant la place Maubert.... Et il 
entraîna Ramus dans sa chambre. Le philosophe se coucha pour donner 
sa leçon , selon son habitude. 

Peu de temps après parut Charpentier, le soutien des vieilles idées, 
l'ennemi de Ramus, qui, peu d'années auparavant, l'avait convaincu 
d'ignorance. Il pénétra dans la retraite de son rival. Les deux philoso- 
phes se mesurèrent longtemps du regard; puis ce colloque rapide s'é- 
tablit en latin. Nous le traduisons : « Salut! — Salut. — L'heure de la 
mort est venue. — La vie ! — Je te la vends. — Combien? — Tout ce 
que tu possèdes. — Qu'il soit dit. 

Ramus chercha sa bourse dans son lit, et la donna à Charpen- 
tier, qui s'enfuit en montrant au peuple la retraite du novateur. Alors 



I 



II 



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la foule poussa ces cris : « Aristotef Huguenot! » Des écoliers lancèrent 
des pierres jusqu'au toit; d'autres montèrent l'escalier. 

Le peintre a choisi le moment d'attente et d'angoisse. Des pas et des 
voix se font entendre. L'élève, effrayé, jette ses livres , se traîne jus- 
qu'à la porte, et prête l'oreille. Quant au maître, il se rappelle que la 
résignation est le courage du philosophe ; il reste sur son séant et joint 
les mains. C'est la situation la plus dramatique de tout l'épisode. La 
figure du vieillard est noble et calme comme son âme. 

Cependant Ramus est frappé par la main d'un de ses élèves. Aussi 
relève-t- il sa longue barbe blanche, et se cache le visage pour ne pas 
voir. Un seul coup suffit pour le tuer. Les meurtriers ouvrent la fe- 
nêtre, etjettent le cadavre dans la cour. Et là, devant les lambeaux de 
ce corps vénérable , de cette belle figure que le Primatice avait prise 
pour modèle, la populace pousse des cris de joie et de triomphe, et 
traîne le corps jusqu'aux bords de la Seine, qui devient son tombeau. 

Tel fut le héros du tableau de M. Robert Fleury. C'est une page d'his- 
toire nationale pleine d'intérêt; et nous aimons à voir reproduire par 
le pinceau toutes ces scènes qui nous préoccupent encore après plu- 
sieurs siècles. Dans cette composition, les poses sont naturelles, les 
physionomies expressives, l'ensemble complet, les détails étudiés avec 
soin. 

M. Robert Fleury a exposé plusieurs autres tableaux qui accusent 
tous de notables progrès dans son talent déjà si haut placé, et qui sont 
d'une perfection de couleur que jusqu'alors il n'avait pas atteinte. Nous 
citerons le Colloque de Poissy , composition animée et importante , et 
l'Avare pesant des pièces d'or, création nouvelle sous le rapport de la 
manière dont le peintre a compris le personnage. 

M. Robert Fleury est né à Cologne en 1797. Il a étudié chez Horace Vernet, Giro- 
det et Gros. 11 est resté cinq années eu Italie, et exposa pour la première fois en 1824, 
à son retour en France. Il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1836. 






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Vois amours Poétiques 



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Lithographie par lui-même. 



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Vous êtes le foyer qui réchauffe les âmes, 
Anime les pinceaux, sollicite les chants; 
C'est selon vos regards ou vos dédains, ô femmes! 
Que nous sommes bons ou méchants. 

L'homme — l'artiste, le poëte — 
Cherche son âme dans l'amour, 
Semblable à l'onde qui reflète 
Les rayons éclatants du jour. 

Dante! qui t'inspira ton sublime épisode? 
Souvent il m'a semblé te voir dans Francesco. 
Ton cœur donna l'idée, et ton esprit le mode : 
Ta lyre fut un double écho. 

Oh! Béatrix était si belle, 
Qu'elle éveillait d'un seul regard, 
Ton inspiration rebelle, 
En t' apprenant l'amour et l'art. 

Orsolina, soutiens l'ardeur de ton poëte! 
Arioste te doit le charme de ses vers; 
Dans Roland, joie ou pleurs, toujours il interprète 
Ta pensée à tout l'univers. 



Quand le chagrin attaque une âme , 
Le malheur qui va la briser 
Se calme devant une femme , 
Et disparaît sous son baiser. 

Beau Pétrarque , tu cours au ruisseau de Vaucluse 
Rêver, prier, aimer, — être poëte enfin ! 
Et Laure est à la fois ton idole et ta muse , 
Comme ton principe et ta fin. 

Là, c'est une fièvre, un délire, 
Qui s'emparent de ton esprit : 
Avec amour Laure sait lire, 
Avec amour Pétrarque écrit. 

Vous êtes le foyer qui réchauffe les âmes , 
Anime les pinceaux, sollicite les chants; 
C'est selon vos regards ou vos dédains, Ô femmes! 
Que nous sommes bons ou méchants. 

Parmi vous l'une est gaie, et l'autre est éplorée : 
Voilà pourquoi chaque œuvre a sa diversité. 
Mais cet esprit si fier qui porte ta livrée , 
Pour prix de ton amour, ô maîtresse adorée ! 
Te donne l'immortalité. 



M. Louis Boulanger est né en 1806 à Verceil (Piémont). Il est élève de MM. Achille 
Devéria et Lethière. On connaît l' amitié fraternelle qui rattache le peintre à M. Victor 
Hugo et à tous les autres littérateurs éminents de notre époque. M. Louis Boulanger est 
en effet lui-même un grand poëte en peinture, qui met la tête d'un littérateur à concevoir 
ses compositions et la main d'un artiste à les exécuter. Ce qui distingue encore à nos yeux 
M. Louis Boulange]', c'est cette flexibilité (le talent qui tantôt le transporte en Flandre, 
tantôt en Italie , pour s'empreindre de la manière des maîtres les plus différents, avec un 
bonheur toujours égal. 



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■ilthograplilcc par M Sorrleu. 



L'heure du rendez-vous est arrivée. Accourez, belles dames et joyeux 
chasseurs. Il faut vous réunir, et prendre du repos tous ensemble. Que 
nos piqueurs aient soin de la venaison ; que nos chiens s'endorment : ils 
ont les pattes ensanglantées, les yeux et les oreilles rouges de l'ardeur 
qu'ils ont déployée à poursuivre le gibier. Mais quoi! vous avez tardé, 
gentille damoiselle; descendez bien vite de votre haquenée, confiez 
votre main au jeune comte , et venez prendre votre part de la collation. 
Nous vous tiendrons quelques gais propos d'amour, nous déposerons à 
vos pieds les produits de notre chasse, et nous viderons en votre hon- 
neur quelques flacons de vins fins. Ne craignez l'impétuosité de nos 
chiens; un petit page les tient en laisse; un autre a le faucon au poing. 

Et puis, quelle douce fraîcheur dans l'air! La rivière limpide qui 
coule à vos pieds ressemble au miroir le mieux poli. A peine si les rayons 
du soleil traversent ces masses d'arbres qui vous prêtent une ombre pro- 
tectrice. Les fleurs du parc voisin répandent sur nous leurs parfums 
délicieux. Le gazon a été tiédi par la chaleur du jour; asseyez-vous. Le 
château est tout près de notre halte; on l'aperçoit là-bas; il nous sera 
facile de le regagner. Quel beau fuyant sur la rivière ! Depuis le pont 
jusqu'à nous, le regard contemple des touffes vertes qui se balancent et 
se baignent dans l'eau, des grottes naturelles de feuillages, et des mil- 
liers d'étincelles formées par les rares échappées du soleil. Voyez 
comme le lieu est bien choisi. 






I 



Depuis quelques années, M. Garnerey s'est adonné au genre histo- 
rique, en vérité ! Tous les parcs du dix-huitième siècle ont passé sous 
nos yeux ; nous connaissons la cour de Louis XIV et celle de Louis XV; 
les belles dames en paniers, les charmants marquis poudrés; les châ- 
teaux à perron, les arches de verdure, enfin tout le fashionabte de 
l'époque. M. Garnerey aime de passion cette nature coquette, tailladée, 
nivelée, embellie par la main des hommes. Il préfère les lacs aux tor- 
rents, les jets d'eau aux cascades, les parterres aux prairies. Il nous 
faut convenir avec lui que cette nature de convention ne sied pas mal 
à l'aquarelle, surtout lorsqu'elle est traduite par un pinceau délicat et 
gracieux, mais il nous accordera qu'elle n'est pas susceptible des effets 
que produit l'autre nature, plus accidentée, plus rude, plus diverse. 

Dans l'aquarelle que nous reproduisons ici, on retrouve toutes les 
qualités du talent de M. Garnerey. C'est toujours ce tact exquis pour 
alterner l'ombre et le soleil, pour donner à la composition un aspect 
qui charme et séduit tout d'abord. A l'ombre , on sent bien la fraîcheur; 
cette eau coule à merveille, cette perspective est fort exacte; mais si 
nous voulons approfondir ( soit dit ici pour les légères compositions et 
pour les tableaux plus importants dans ce genre de peinture), nous 
trouvons que tout cela manque généralement d'étude, et que le 
peintre abuse parfois de sa facilité. 

M. Hipp. Garnerey a exposé de belles marines, et de nombreuses 
et charmantes vues de Normandie, habilement exécutées. 






M. Hippolyte Garnerey est né à Paris en 1787. Il est élève de son père. Après avoir 
parcouru toutes les Antilles et les deux Amériques, il est revenu en France, et a exposé 
pour la première fois en 1857. 



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PIIST FAI M. ATCUSTl 'SHAEIPlHTIll, 

Lithographie par II. AIophc-M. 



Au moment où la tragédie agonisait sur le théâtre, où les noms des 
chefs-d'œuvre de Corneille, Racine et Voltaire, imprimés sur l'affiche, 
faisaient presque fuir les passants, parut M"" Rachel. Avant elle, un 
parterre du Théâtre-Français se composait de cent fidèles quand même 
au culte de Melpomène, d'une soixantaine d'étrangers qui venaient là 
pour connaître l'effet que produirait sur eux le chef-d'œuvre, et d'un 
hon nombre de collégiens auxquels le professeur avait conseillé ce 
genre de récréation. Et puis, on y était si fort à son aise! adossé, bien 
chauffé en hiver, les coudées franches en été! c'était un far mente sé- 
ducteur. Cette pauvre vieille tragédie vivait, au théâtre, de son passé 
seulement, sur les souvenirs de ïalma et de M" e Duchesnois. 

Mais Rachel parut, vous dis je; et, tout aussitôt, voici la tragédie 
qui se réveille et rajeunit. La presse crie au prodige, la foule se laisse 
conduire par la presse ; puis, la foule par la foule. Le Théâtre-Français 
écrit en gros caractères sur son affiche, tout à l'heure si peu consultée, 
les noms de la tragédienne et de la tragédie. On fait trois heures de 
queue à la porte; la salle est toujours louée d'avance, et à bon prix; 
trois fois par semaine il y a recette forcée. 

A peine une année de succès s'est-elle écoulée, que la célèbre ac- 
trice, forcée pour quelque temps de quitter la scène, se voit, à sa 
rentrée, en butte à mille attaques plus ou moins fondées. La presse, 



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naguère si enthousiaste, casse pour ainsi dire ses premiers jugements, 
renvoie Hermione à l'école , comme si elle voulait briser brutalement 
cette idole qu'elle-même a divinisée. Seul le vrai public, celui qui ne 
prodigue ni les couronnes, ni les critiques acerbes, reste sincère, im- 
partial, et estime toujours ce beau talent à sa juste valeur, sans en- 
goûment, sans amertume. 

Voilà, sous le rapport de l'art, l'histoire de M llc Rachel. Nous vou- 
lions la tracer succinctement, pour l'acquit de notre conscience, nous 
qui n'avons pas été enthousiaste, nous qui ne voulons pas être ingrat, 
nous qui, à notre honte, ne croyons pas à l'avenir de la tragédie. Quoi 
qu'il en soit au reste de toutes ces discussions, toujours est-il que 
M lle Rachel a acquis une très-grande célébrité, et que chaque jour, au 
Salon, la foule s'arrête devant le portrait de celle qu'elle applaudit le 
soir au théâtre. 

La peinture, la sculpture, la gravure, la lithographie, nous ont déjà 
bien souvent offert le portrait de M"* Rachel, mais en s' attachant seu- 
lement à la ressemblance vulgaire. Celui que M. Charpentier expose 
cette année est remarquable par l'expression poétique et vraie, et par 
une exécution supérieure. C'est bien là cette figure jeune et intelli- 
gente à la fois, c'est bien là ce front plein de pensées. Sous un costume 
simple, mais sévère, il est plus facile de saisir le caractère de la phy- 
sionomie de la tragédienne. Dans cet excellent portrait se trouvent 
réunis et le dessin et la couleur. L'année dernière, M. Charpentier a 
obtenu un beau succès dans les portraits de G. Sand et du jeune Mau- 
rice. Son talent agrandi, et le portrait de Guyon, exposé aussi cette 
année, est d'une énergique expression, d'un riche coloris et d'un 
puissant effet. 

M. Auguste Charpentier est né en 1814, il est e'Iève de M. Ingres. 



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TâtUograpliié par il. llouilleron. 



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* Or. depuis la sixième heure du joui- Jusqu'à la neuvième, lonie la terre fut couverte 
de ténèbres .. mais Jésus jetant un grand cri, rendit l'esprit. En même temps le voile 
du temple se déchira depuis le haut jusqu'en bas : la terre trembla; les pierres se l'en- 
d'rcnt; les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints, qui étaient dans le som- 
meil de la mort, ressuscitèrent. . » 

[Êyawg. selon saint Matthieu, chap. 27 ) 



Celle grande scène de désolation, prélude effrayant de la rédemption 
humaine, semble ne pouvoir être retracée par le pinceau. Il y a là 
quelque merveilleux effet qui échappe à la puissance de la peinture, et 
qui fait appel à la poésie. Nous ne voulons pas seulement de la forme, 
mais encore de la pensée. Il ne faut pas que nous soyons tentés d'ana- 
lyser, mais saisis malgré nous par de profondes impressions. Chaque 
groupe de ce drame doit avoir, pour ainsi dire, son allégorie. Larmes, 
sourires, terreur, espoir, que tout se manifeste et parle à la fois, et 
pourtant avec ensemble, comme les voix de la Symphonie! que la 
palette se transforme en harpe ! que le peintre devienne poëte ! 

M. Gué a compris l'exigence de sou sujet absorbant; et sans nul 
doute il a travaillé sous l'influence de cette idée. Déjà son tableau de 
l'année dernière, les Murmuraieurs engloutis, sorte d'essai du genre 
adopté par lui , faisait espérer le Dernier soupir du Christ. Mais quels 

remarquables progrès! quel effet! quel poétique mouvement! Le 

Christ a rendu l'esprit, a dit l'évangéliste dans son admirable simplicité. 
Marie, Madeleine et les Apôtres pleurent au pied de la croix. Les cieux 






se sont entr' ouverts; les anges, les élus ont commencé leurs divins 
concerts. L'âme du Fils s'est envolée vers le Père, parmi les rayons 
d'un nuage lumineux. Les satellites d'Hérode sont frappés de stupeur à 
la vue des morts qui ressuscitent. Un groupe de fidèles disciples se met 
en prières. L'innombrable multitude des assistants , — femmes, enfants, 
vieillards, ceux qui sortent du berceau, ceux qui penchent vers la 
tombe , — admirent ou redoutent ce sublime spectacle. 

Dans ce tableau, l'effet général est bien rendu. Il s'y trouve d'ingé- 
nieux contrastes. Un torrent de lumière traverse un ciel des plus obscurs; 
le soleil couchant disparaît derrière de grosses nuées qui l'enveloppent 
de leurs ombres. A droite, à l'horizon, on croit voir s'élever les va- 
peurs de l'orage; on croit entendre les roulements d'un tonnerre 
lointain. 

Nous avons dit que M. Gué avait compris son sujet, et qu'il avait 
cherché à être poëte. Mais ajoutons que l'auteur du Dernier soupir du 
Christ n'a pas tout à fait atteint son but. Il importait de réunir, dans cette 
composition, la poésie des détails à l'harmonie de l'ensemble, de ma- 
nière à ce que l'une ne pût contrarier l'autre : c'était là un écueil im- 
mense derrière lequel apparaissait la perfection ; M. Gué ne l'a pas 
complètement évité. 



M. Gué est ne à Saint-Domingue en 1789; il a été élève de Lacour père, de Bor- 
deaux, et de David. Il a acquis une réputation méritée comme décorateur, notamment 
à TOdéon et à l'Opéra-Comique, et s'est placé en outre au rang des plus remarquables 
peintres de genre et de paysage. L'Auvergne et le Tyrol, qu'il a longtemps visités, 
l'ont eu pour (idèle interprète ; et nous nous sommes souvent promenés , grâce à lui , 
dans ces belles vallées alpestres dont le spectacle est si ravissant ; nous avons souvent 
gravi les montagnes d'Auvergne, couronnées de châtaigniers, les sites les plus pittores- 
ques que l'on admire en France. 

M. Gué a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1833. 












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IjfidiograpBiiê par lui-mcme. 



N'est-ce pas que l'Italie a un beau privilège? Elle inspire le peintre 
et le poète, voire même le musicien, quandil est couronné par l'Insti- 
tut. Mais soyons sobre, et no parlons que des inspirations du peintre. 
Cette riche nature, qui se développe entre l'Adriatique et la Méditer- 
ranée, est chaude et vivace à la fois; là, l'herbe croît verte sous un 
soleil de feu, et les collines paraissent avoir toutes, quoique sembla- 
bles, un aspect différent. Pour l'historien, sans doute l'Italie n'est que 
la terre du passé et des souvenirs ; elle est toujours la même pour l'ar- 
tiste. Il aime ces ruines, ces colonnes brisées, ces lacs comblés, ces 
voies interceptées. Lorsqu'il foule ton admirable sol, ô Italie! il ne se 
demande pas où est Auguste, où est Julien, où est Léon X. Il regarde, 
et cela lui suffit. Aussi chacun te prend pour modèle; chacun veut 
retremper, compléter son talent par l'étude de tes merveilles. Te par- 
courir, c'est le vœu, le besoin, le devoir de l'artiste. 

Le paysagiste surtout se dirige donc par delà les Alpes : il compose 
sa bourse, endosse le sac, prend sa canne noueuse et son énorme pa- 
rapluie vert, rien que cela, par crainte des pillards calabrais. Notre 
pèlerin va, lui aussi, faire sa conquête d'Italie. Dès son arrivée, il se 
monte la tète, saisit ses pinceaux, travaille avec conscience, tantôt 
perché comme l'aigle au plus haut d'une montagne, tantôt buvant, 
comme le chamois, l'eau des torrents. Puis il revient en France, rap- 
portant une véritable richesse, toute l'Italie prisonnière en quelques 




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centaines de toiles. Rien ne lui manque plus, ni pensées, ni études, ni 
souvenirs. 

Ce court préambule nous ramène vers M. Hostein , un de ces artistes 
laborieux et pleins de volonté, qui aiment l'art pour lui-même, et par- 
dessus toutes choses. Il cherche à prendre la nature sur le fait, et la 
reproduit avec intelligence. M. Hostein s'en était d'abord modestement 
tenu à la lithographie, où il réussit ; voulant peindre, il réussit encore; 
c'est affaire à lui. Déjà, en 1838, nous avions remarqué son Entrée de 
la forêt de Saverne. Depuis, le peintre est en voie de progrès, et nous 
nous ressentons avantageusement de son voyage en Italie. 

Parmi les tableaux qu'il expose au Salon de cette année, on distin- 
gue, en premier lieu, l'Abreuvoir d'animaux près de la Cervara, dans les 
États romains. C'est une vue d'après nature, sous tous les rapports. Ce 
terrain en pente est bien indiqué ; le troupeau de bœufs qui descend 
à l'abreuvoir, marche parfaitement. Le sommet de la route inclinée 
tourne, et c'est beaucoup. Il y a de l'air et de la chaleur; c'est bien le 
soleil qui traverse le plan d'arbres du milieu. Le paysage fuit réelle- 
ment, là-bas où l'on aperçoit cet immense aqueduc si renommé. Tout 
cela ne manque pas de vérité, de couleur, d'aspect. Toutefois, on 
s'aperçoit que M. Hostein n'est pas encore familiarisé avec la peinture 
de style. Ses progrès continuels doivent le disposer beaucoup aux étu- 
des sérieuses. 



M. Edouard Hostein est né à Pléhédel (Côtes-du-Nord) en 1804. Il n'a pas eu de 
maître , et s'est livré de bonne heure aux études d'après nature. Il a fait beaucoup de 
voyages, notamment dans les Ardennes et en Italie. 






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I4tliograplilc par SI. Dcsmalsons. 



Martin Luther, le père de la réforme, naquit de parents humbles et 
pauvres. Pour étudier, il eut à vaincre de grands obstacles, et arriva 
sans ressources à Isenac, où il mendia sa vie, couchant dans l'écurie 
ou la grange de quelque hôtellerie, parfois même à la belle étoile. 
C'est ainsi qu'il fit son apprentissage de grand homme. 

Le tableau de Luther enfant a été inspiré à M. Lécurieux par un 
charmant épisode de la vie de cet illustre personnage, que publia 
M. Ernest Alby, en 1 839. Luther est assis sur les marches d'une église, 
et étudie, avec grande attention, les dix commandements de Dieu, 
qui furent plus tard le principal fondement de toute sa doctrine. 

Je ne saurais mieux faire, en cette occasion, que de citer une com- 
plainte pleine de grâce et de sensibilité , que M. Ernest Alby a com- 
posée sur la jeunesse de Luther. 

Un soir, le jeune étudiant allait se retirer dans la grange que lui 
abandonnaient les hôteliers, sans avoir recueilli la plus légère aumône. 
Triste, les larmes aux yeux, il se mit à chanter devant la maison de 
Conrad Cotta : 

Près de votre rouet , tous qui filez le lin 

Dont vous comptiez vêtir un fils absent, ma mère; 

Assistez à cette heure un timide orphelin 

Qui chante ; et cependant sa vie est bien amère ! 

Et la lampe à la main , dites à l'écolier : 

Le repas est dressé, montez mon escalier. 

A cette œuvre d'amour Jésus-Christ vous convie ; 
Fils de Dieu , n'a-t-il pas pour nous donné sa vie ? 



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Lorsque dans vos banquets, beaux sires, l'échanson 
Verse un vin généreux dans vos coupes fumeuses ; 
Lorsque le ménestrel narre dans sa chanson 
Vus aïeux , vos trésors, vos batailles fameuses ; 
Sires, n'oubliez pas les pauvres écoliers 
Que le froid et la faim poussent vers vos celliers. 

A cette œuvre d'amour Jésus-Christ vous convie ; 
Fils de Dieu, n'a-t-il pas pour nous donné sa vie? 

Jeunes filles, déjà sous les riches lambris 

La flule et le hautbois modulent leurs cadences; 

Et cette nuit si dure aux pauvres sans abris 

Pour vous aura des fleurs, des concerts et des danses. 

Mes belles, en partant, jetez aux écoliers 

Une perle arrachée à vos nombreux colliers. 

A cette œuvre d'amour Jésus-Christ vous convie ; 
Fils de Dieu, n'a-t-il pas pour nous donné sa vie? 

À peine Luther avait achevé la dernière reprise de sa complainte, 
que la femme de Conrad, Ursule, le fit entrer dans sa maison, et lui 
servit un copieux souper. — Charmés de son esprit, de sa douceur, de 
sa piété, Conrad et Ursule le gardèrent près d'eux, et subvinrent à 
tous ses besoins, pendant les quelques années que ses études le retin- 
rent à Isenac. 

Telle avait été la jeunesse de celui qui, plus tard, fut le plus redou- 
table adversaire des papes, et qui proféra contre eux ces énergiques pa- 
roles : « J'avoue que j'ai souvent été trop violent, mais jamais à l'égard 
de la papauté. Il devrait y avoir contre celle-ci une langue à part, dont 
tous les mots fussent des coups de foudre. » 

M. Jacques-Joseph Léeurienx est né à Dijon eu 1801. Il est élève de MM. Devosge 
et Lethière. 



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E.iUi4»grapliiê par M. limitâmes. 



Dans les expositions, les paysages ont presque le même sort que les 
batailles. En général on n'aime ni l'horizon, ni la fumée, ni les corps 
d'armée, ni les forêts. On passe, à moins que le peintre qui a abordé 
un de ces deux genres n'ait un grand nom , ou bien un talent hors 
ligne, et alors, quoique débutant, il captivera l'attention des visi- 
teurs. «Oh! se dit-on dans le monde, avec apparence de raison, 
toutes les batailles se ressemblent, aussi bien que tous les paysages! » 
Oui, certes, à la surface ; mais examinez un peu, et là, comme ailleurs, 
vous rencontrerez cette variété qui vous plaît tant. J'ai remarqué que, 
souvent, ceux qui dédaignent ainsi le paysage, sont surtout les voya- 
geurs; les anciens soldats, au contraire, aiment les batailles à cause 
des souvenirs. Cela tient sans doute à ce que ceux-là qui ont contem- 
plé la nature à loisir ne peuvent pas se contenter d'une reproduction 
resserrée en des bornes étroites. Les autres ont vu de terribles spec- 
tacles, et il leur plaît d'assister encore à ces sortes de drames, sans en 
risquer les dangers. 

Or, M. Marilhat possède tout à la fois et talent et réputation ; aussi 
a-t-il l'immense avantage d'être recherché, d'avoir un public. En 
peinture comme en littérature, c'est là un grand point. Immense 
avantage que celui de pouvoir dire en exposant un tableau : « Il sera 
regardé ; » en publiant un livre : « Il sera lu. » M. Marilhat est donc, 
comme je le disais, un paysagiste qui a fait ses preuves. ■ Son envoi à 



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l'exposition est des plus remarquables, et parmi plusieurs magnifiques 
tableaux que nous n'avons pu nous lasser d'admirer, nous avons sur- 
tout distingué la Caravane. 

Ce paysage est une vue des ruines de Balbek en Syrie, une de celles 
qui ont inspiré à Volney cette inimitable description qui commehce son 
ouvrage. Balbek, située clans la grande vallée du Liban, entre l'opu- 
lente Damas et la malsaine Tripoli de Syrie, fut jadis fort célèbre. 
C'était une ville de jardins et de monuments, parmi lesquels le temple 
du Soleil, dont on peut encore se faire une idée. «Une multitude vi- 
vante animait son enceinte ; une foule active circulait dans ces routes 
aujourd'hui solitaires. » Mais le temps et les commotions terrestres ont 
triomphé de ces merveilles. Les Turcs ont surtout fait sentir leur pas- 
sage dans Balbek , et maintenant ce ne sont plus que des ruines. On y 
compte à peine douze cents habitants pauvres et découragés; seule- 
ment, il y passe parfois de nombreuses caravanes, voyageurs qui vont 
porter les raisins de Damas au pays de Motoualis, ou qui veulent visiter 
ces magnifiques ruines. 

Nous comprenons bien la chaude atmosphère de la Syrie, les hori- 
zons infinis dans ces pays de vallées et de déserts, ces terrains pierreux, 
mais fertilisés par les rosées abondantes de chaque jour, cette nature 
embaumée qui fait de cette partie de l'Asie un séjour de délices, et qui 
valut à une contrée voisine le doux nom d'Arabie-Heureuse. M. Mari- 
lhat a eu le bonheur de parcourir ces lieux, qu'appellent si souvent 
nos vœux et notre imagination. Grâce à lui, nous connaissons la Syrie 
et l'Egypte, Balbek, Bosette, Thèbes et le Caire. 

M. Prosper Marilhat est né en 1814. Il a étudié un hiver seulement chez M. Camille 
Roqneplan, et a voyagé ensuite en Grèce, en Egypte et en Italie. 



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Lithographie par lui-même. 



« 1 . Alors Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté du Diable. 
« 2. Et ayant jeune quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite. 
« 3. Et le tentateur s'approchant de lui , lui dit : Si tous êtes le Fils de Dieu , dites 
que ces pierres deviennent du pain. 

« 4. Mais Jésus lui répondit : Il est écrit : l'homme ne vit pas seulement de pain , 
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. 

« 5. Le Diable alors le transporta dans la Ville Sainte, et, le mettant sur le haut 
du Temple , 

« 6. Il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu , jetez-vous en bas, car il est écrit qu'il a 
ordonné à ses anges d'avoir soin de vous, et qu'ils vous soutiendront de leurs mains, de 
peur que vous ne heurtiez le pied contre quelque pierre. 

« 7. Jésus lui répondit : Il est écrit aussi : Vous ne tenterez point le Seigneur votre 
Dieu. 

« 8. Le Diable le transporta encore sur une montagne fort haute. . . . etc. , etc. 

« Evakg. selon saint Mathieu, chap. 4. » 

Si la peinture est comme la poésie et la musique, si elle vit surtout 
de contrastes, certes le sujet du tableau que nous avons sous les yeux 
prêtait à l'inspiration. Il importait de faire bien ressortir, mais sans 
affectation, ces natures si différentes de l'Homme-Dieu et du Démon. 
Il fallait donner au Christ une figure pleine de grandeur et de majesté; 
au tentateur, la malice et l'hypocrisie. 

Peut-être trouvera-t-on que, dans son tableau, M. Millier ne nous 



rend pas assez la haute idée que nous avons de la Divinité, et que le 
Démon n'est pas non plus tel qu'on a coutume de le représenter. 
Selon nous, ce n'est pas là un défaut; les diables à cornes, à figure 
verte, à bouche grimacière, effraient les enfants, mais ne renferment 
aucune pensée; et là, d'ailleurs, il est habitant du monde et non de 
l'enfer. Sans doute, dans la physionomie de l'Homme-Dieu, on dé- 
couvre plus le principe humain que la nature divine; mais la pose est 
sage, et l'on voit bien que le Christ a conscience de sa force; on voit 
bien que le Démon, lui, a l'espoir de triompher. Quoique les parties 
de la composition ne soient pas assez étudiées, nous devons cependant 
reconnaître qu'elle a de l'originalité et du mouvement; on comprend 
bien l'affaissement du Christ, qui a jeune pendant quarante jours et 
quarante nuits. 

Le Massacre des Innocents, exposé cette année par M. Muller, ne 
manque ni de vigueur, ni d'exécution. La couleur est vraie, solide, le 
dessin ne manque pas de verve, qualités principales du talent de ce 
jeune peintre. Et, s'il nous faut rappeler la grande habileté de M. Mul- 
ler, nous citerons la belle décoration du Casino, achevée par lui en 
quinze jours. 

M. Charles-Louis Muller est né à Paris le 25 décembre 1815. H prit des leçons de son 
père, peintre en miniature, et fut aussi élève du baron Gros. 11 a commencé à exposer 
en 1836. 






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Ulhogrupliié par M. Tirpenne. 



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Avez-vous été quelquefois surpris par Forage au milieu de vos cour- 
ses à travers champs? ne vous a-t-il Fallu hâter votre marche pour par- 
venir, le plus tôt possible, au plus prochain village? n' avez-vous pas 
fui telle position bien écartée, où vous avaient conduit vos rêveries ou 
bien votre désir de contempler la belle nature? ne vous ôtes-vous pas 
souvent contenté d'un étroit abri dans une carrière de sable ou sous 
une haie touffue? Alors, les nuages s'amoncelaient au-dessus de votre 
tête; l'orage éclatait avec ses obscurités, ses lumières instantanées, et 
ses bourrasques et ses torrents. La terre vous semblait être en com- 
motion, n'est-ce pas? C'est que l'orage transforme la nature. 

Dès les premières gouttes de pluie, se détache du sol une poussière 
fétide qui s'abat bientôt; l'impétuosité du vent courbe le front des ar- 
bres, si toutefois il ne les déracine pas; l'horizon est voilé, étroit; les 
terrains changent de couleur, ils brunissent, et la perspective disparaît 
presque. Le laboureur endosse son manteau de droguet, les moutons 
qui paissent se serrent les uns contre les autres, le bœuf patient se 
couche. Mais bientôt l'orage se dissipe. Un vent frais circule, agite et 
essore les arbres, les haies, les roseaux dont la tige est abattue. Le 
ciel commence à se nettoyer; l'eau ruisselle dans l'ornière des che- 
mins; les voitures s'avancent péniblement sur un terrain mouvant et 
fangeux. Le soleil reluit par intervalle, les nuages ont passé, les hi- 






rondelles viennent bien vite chercher le calme, abandonnant ce village 
submergé à son tour par des torrents de pluie. L'ordre renaît enfin 
dans cette nature si agitée tout à l'heure. Ne craignez plus, quittez 
votre abri, reprenez vos courses ou vos rêveries : ce n'était qu'une 
Jndée qui n'a duré que quelques minutes. 

C'est la fin de l'orage que M. Giroux a voulu dépeindre, et son 
paysage en a véritablement subi l'influence; il est d'un aspect vrai, 
d'une couleur harmonieuse, d'une bonne exécution. Ce tableau ne 
ressemble point aux précédents ouvrages qui ont fait la réputation de 
M. Giroux, et pourtant il a toutes les qualités si appréciées par les 
amateurs de son talent. 






M. André Giroux est ne à Paris en 1801. Il est élève de l'Académie, et a remporté 
le grand prix de Rome en 1825. Il a été décoré, en 1837, pour un tableau de la gorge 
d'AUerard en Dauphiné. Il a voyagé pendant dix ans en Italie, en France, en Suisse 
et en Angleterre, et en a rapporté on très-grand nombre d'études et de dessins, etc. 






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■iitbograpiilc par M Moullleron. 



Ce moine a entrepris une pénible mission, celle de rester pur au 
milieu des sensuels plaisirs du monde , celle de résister à ses passions, 
pour vivre d'une vie claustrale et inerte. En récompense, sitôt qu'il a 
eu revêtu ce caractère terrible par les devoirs qu'il impose, cet homme 
a été nommé et reconnu saint par tous; on s'est incliné devant lui; on 
l'a vénéré. Mais hélas! cette âme qui devait être infaillible, a péché ! 
Aussi, comme elle a honte do sa chute! comme l'aveu de ses torts ex- 
cite eu elle une douleur poignante et terrible ! C'est que la moindre de 
ses fautes est devenue énorme aux yeux des autres hommes ; c'est 
qu'il avait promis plus qu'il n'a tenu; c'est, sans doute, que la vertu 
s'est trouvée au-dessus de ses forces; c'est que le saint pour la foule 
s'est senti coupable au fond de son âme. Alors, le cœur brisé et con- 
trit, le front humilié il s'avoue indigne. Qui sait, de l'orgueil ou du 
remords, lequel des deux sentiments est le plus fort"? car l'homme est 
ainsi fait : il hésite moins devant le crime que devant l'aveu du crime, 
et la crainte du blâme est son plus grand tourment. 

C'est cette situation pénible que M. Jacquand a rendue avec bon- 
heur. Deux moines sont en présence. L'un est le coupable, l'autre est 
le juge; l'un est humble, l'autre est calme; l'un parle avec effort, 
l'autre écoute avec tolérance, cette grande vertu du vrai chrétien. Il 
y a là, voyez-vous, tout un drame profond. Le coupable est à genoux, 
tête inclinée, les bras étroitement croisés sur sa poitrine haletante, les 



mains amaigries et crispées par un muet désespoir. Le juge , lui, ne 
veut point être sévère; il est prêt à consoler le pécheur; il ne doit que 
l'exhorter au repentir, à la pénitence; il ne lui fera point de repro- 
ches, il priera pour lui. 

Il fallait que le sentiment particulier qui devait animer chacun des 
deux personnages, se traduisît d'une manière saisissable. D'autre part, 
il n'y avait point là, pour le peintre, d'effet théâtral à se ménager. Il 
lui était impossible de nous séduire, il ne pouvait que nous étonner et 
remuer nos cœurs. Le pénitent, dont l'âme et le corps sont en peine, 
excite notre pitié; mais le bon religieux qui l'écoute, est presque digne 
de notre admiration. 

Ce nouveau tableau de M. Jacquand est à la hauteur des précédents. 
Il y a, dans les personnages, un jeu de physionomies parfaitement ex- 
primé. L'exécution en est habile, le dessin correct, la couleur bonne. 
Parmi les autres ouvrages exposés par le même peintre, nous avons 
examiné avec plaisir le Jour de Saint- Valentin , épisode tiré du roman 
de Walter Scott, et la Distribution d'aumônes, tous sujets gracieusement 
et coquettement travaillés. 



M. Clandius Jacquand est né à Lyon en 1806. Il est élève de Fleury Richard, peintre 
de Charles X , et a exposé pour la première fois en 1824. 
Il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1839. 



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D'ELISABETH D'ANGLETERRE 

(0©MIF©ii IPAM FIU AL3F1.1B <J©IHIAH10T , 

PEINT PAR M. TONY JOHANNOT, 
lîl Iltliogi-apblé par H. Aloplie-M. 



S'il est pénible de penser aux artistes qui dorment dans la tombe, 
il est toujours doux de rendre hommage à leur talent. Plus leur re- 
nommée était grande, plus nos souvenirs sont fréquents; car les œu- 
vres de l'artiste, éparpillées ça et là comme des fleurs vivaces, sont 
autant d'épitaphes ineffaçables. Au rang de nos meilleurs peintres bril- 
lait Alfred Jobannot, le fidèle et intelligent interprète de Walter Scott, 
ce peintre de tant de gracieux épisodes. Mais, dans le moment même 
où son talent était le plus apprécié, le plus populaire, il nous a quittés! 
Ce fut un coup affreux pour ses amis, pour ses admirateurs! Mourir si 
jeune, quand on se nomme Alfred Johannot! Oh! nous nous rappelle- 
rons toujours celui qui savait allier l'amabilité au vrai mérite; nos yeux 
ont encore des larmes pour le pleurer, la douleur est encore neuve au 
fond de nos âmes. 

Le jeudi 7 novembre 1 837, s'éteignit Alfred Johannot ; à peine avait- 
il atteint sa trente-septième année. Il revenait des eaux de Bade, où 
sa santé s'était notablement altérée, au lieu de se rétablir comme nous 
en avions l'espoir. Pendant les derniers mois de sa vie, la maladie avait 
défiguré ses traits; il sentait sa fin venir, et il supporta courageusement 
cette terrible épreuve. Il laissait des travaux inachevés, des composi- 



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tions, des aquarelles, des croquis; et la mort interrompit ces rêves, 
ces projets incessants de l'artiste dont la pensée est toute l'essence. Au 
nombre de ses œuvres posthumes se trouvait une composition , l'Em- 
barquement de la reine Elisabeth Kenilworih, sujet tiré du beau roman 
de Walter Scott, qu'Alfred Johannot admirait et popularisa en France. 
Son frère Tony acheva le tableau et l'exposa. Nous avons pensé qu'il 
convenait, qu'il était de notre devoir do le reproduire dans cet album , 
et cela à deux titres, comme œuvre de mérite et comme un hommage 
rendu à la mémoire d'un artiste si vivement et si justement regretté. 

Tout le monde connaît le sujet de ce tableau. Elisabeth, laflère, 
l'odieuse reine d'Angleterre, va s'embarquer à Kenilvrorth, par un 
temps de brume et de pluie. Elle est magnifiquement habillée, et au 
moment où elle s'apprête à descendre les degrés du port pour entrer 
dans le bateau , elle regarde à ses pieds ; les dalles sont mouillées et 
glissantes; ce que voyant, Walter Raleigh, un des suivants du comte 
de Sussex, ôte son manteau et l' étend par terre, en guise de tapis, 
pour que l'humidité ne traverse pas les souliers de sa belle et noble 
souveraine. C'est à cette attention toute courtisanesque que Walter Ra- 
leigh dut la haute fortune à laquelle il fut appelé plus tard, et il n'ou- 
blia jamais rembarquement de Kenilworth. C'est ainsi qu'un fait de 
présence d'esprit, un à-propos bien placé, sert souvent plus que toute 
une vie de zèle et de travail. 

Cette petite toile nous a rappelé toutes les brillantes qualités du ta- 
lent d'Alfred Johannot, l'esprit, la grâce des personnages, la bonne 
disposition des groupes, l'élégance des costumes et la finesse de l'exé- 
cution. Ce tableau a été délicieusement exécuté par M. Tony Johannot. 
Chez ces deux peintres il y avait confraternité d'amitié et de talent, et 
leurs noms étaient toujours prononcés ensemble. Pourquoi faut-il que 
la mort d'Alfred les ait séparés! 



M. Alfred Johannot était né à Offenbach; il a été graveur longtemps avant de se li- 
vrer à la peinture. Comme graveur, il commença à exposer en 1824 ; comme peintre, 
en 1831. 



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Lïtbograplilé par H. lioui 



Belle Espagne! à toi le pittoresque, l'originalité; à toi ces coutumes 
singulières, invétérées, que ta civilisation n'a pu abolir! L'indiscret 
voyageur n'a pas encore trop souvent profané les rives de tes superbes 
fleuves; tes mœurs presque inconnues, il ne les a pas dévoilées encore 
au reste de l'Europe. Tes palais, tes promenades, tes couvents n'ont 
point disparu, malgré la guerre civile; tu es toujours le pays des aven- 
tures, des folles journées et des saltarelles. Au sublime aspect de l'Italie 
tu opposes, toi, l'étrangeté des détails. La vive Espagnole, à la taille 
svelte, au pied mignon, ne le cède pas en beauté à la flère Italienne. 
Est-ce que ton ciel n'est pas pur, ton soleil chaud, ton langage har- 
monieux? Belle Espagne! la paix ramènera en ton sein le règne des 
arts. Mais, quand le peintre et le poète auront parcouru tes campagnes, 
ton charme cessera, et tu auras perdu au frottement des étrangers, le 
type particulier de tes idées, de tes mœurs et de tes costumes!. . . 

Après la moisson, lorsque le blé coupé a séché dans les granges, et 
qu'un soleil ardent en a ensuite doré les épis, les paysans espagnols 
l' étendent soigneusement par terre, comme on fait des couches de fu- 
mier. Aussitôt les trilladores commencent leur opération ; ils attèlent 
les chevaux à un lourd traîneau armé de cailloux tranchants et charge 
de travailleurs; puis ils les fouettent et les font courir rapidement sur 



le tas de gerbes amoncelées. La pression, motivée par le poids du traî- 
neau, et l'action des cailloux, sépare le grain d'avec l'épi et coupe 
la paille. Après, les batteurs se mettent à enlever cette paille hachée, 
à ramasser les grains do blé qui se sont fait jour au travers. Cette 
prompte et habile manière de battre le grain existe en Espagne depuis 
un temps immémorial. 

En nous retraçant la scène des Trillaons, M. Jollivet a ajouté une 
page de plus à sa petite histoire pittoresque, on peut le dire, de l'Es- 
pagne, qu'il a visitée et habitée pendant plusieurs années. En effet, il 
nous a dépeint, depuis son retour, des aventures d'alcades, de guéril- 
las, de couvents, etc. 

Parmi les autres tableaux exposés par M. Jollivet, on remarque le 
Couronnement d'épines, composition d'un style sévère, et qui peut former 
pendant pour la Descente de Croix du môme peintre, qui a fait partie 
du Salon de i 839. Le Couronnement d'épines n'a peut-être pas assez 
d'originalité, mais le travail est avant tout consciencieux et étudié. 
Quant aux TriUadores, c'est un tableau de genre gracieux dans l'en- 
semble et les détails, qui n'a pas de prétention à l'effet, et qui par cela 
môme (il en est souvent ainsi) plaît aux amateurs de sujets anecdoti- 
ques. Il est d'une couleur fort agréable, d'une disposition heureuse. 



M. Jules Jollivet est né à Palis en 1803. Il a d'abord étudié l'architecture chez 
MM. Hiivé et Farain, puis la peinture chez M. Dejuinne et te baron Gros. Il a voyagé 
en Espagne, de 1825 à 1828. Il a obtenu deux médailles d'or aux expositions du 
Louvre. L'un de ses tableaux ( Lara) fait partie de la galerie du Luxembourg. 



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Je sais ries tableaux officiels qui doivent nous offrir le portrait Frap- 
pant de l'empereur de la Chine, par exemple, ou bien l'exposé fidèle 
d'un combat de l'Algérie. Autour rie ces ouvrages se groupe un bon 
nombre d'amateurs, attirés vers les uns par l'attrait rie' la curiosité, 
vers les autres par le patriotisme. Alors le sujet est la chose principale 
du tableau, et le talent rie l'artiste ne devient pour ainsi dire qu'une 
question secondaire; c'est qu'il s'agit, tantôt d'un épisode célèbre, 
tantôt d'un souvenir historique que l'on connaît déjà ou que l'on veut 
connaître; en un mot, il s'y trouve un intérêt quelconque, et l'intérêt 
suffit souvent pour motiver le succès d'un tableau. 

Mais ici le mérite du peintre peut seul captiver notre attention. Nous 
n'avons pas à examiner complaisamment la physionomie d'un grand 
homme, nous n'avons pas à nous rendre compte d'un beau fait histo- 
rique, selon la manière dont on nous l'a dépeint; nous entendrons 
seulement aboyer une nombreuse meute de chiens, sorte d'armée 
qui entre promptement en campagne, et qui a bien aussi ses guides, 
ses généraux, ses conscrits. Ce Lucifer, qui nous paraît si fier et si 
franc du collier, qui se pavane, qui tranche du seigneur, n'a peut- 
être que le garde-chasse pour chanter ses victoires ; cet intrépide Bar- 
ban, qui s'acharne tant à la poursuite du gibier, qui bondit d'aise au 
son du cor, et quitte à regret les fourrés, n'a pas, je vous jure, les 
honneurs du triomphe. Leur renommée à tous deux nous est inconnue ; 






quoi qu'il en soit de leur mérite, il est probable que leurs noms ne 
pourront pas 

Aller de bouche en bouche à la postérité. 

Par son paysage des Vaches, d'une fermeté de tons et d'une chaleur 
remarquables, M. Jadin s'était déjà haut placé. La Meule à l'ébat est 
d'un dessin excellent; les chiens ont do l'animation, et je ne puis me 
persuader qu'un coup de sifflet de ma part ne ferait pas dresser les 
oreilles aux fameux Lucifer et Barbaro, même à cet autre brave qui fait 
sa toilette tout à son aise, et qui me paraît fort occupé. Ce tableau, 
qui obtient un beau succès, fait partie d'une suite de sujets destinés à 
orner la galerie du pavillon Marsan, et commandés par son altesse 
royale monseigneur le duc d'Orléans. Elle est dignement commencée, 
et nous fait bien augurer des tableaux qui suivront. 

Mais, à propos de la Meule à l'ébat, il importe de constater un pro- 
grès remarquable tendant à se développer dans l'architecture. L'art va 
enfin trouver place sur les plafonds et les boiseries, et succéder au 
genre décoration. MM. les architectes feront exécuter des bas-reliefs 
par Barye, Pradier et Moine, et ils confieront au talent de nos pein- ■ 
très de belles toiles formant panneaux, qui pourront se déplacer, et 
qui, par conséquent, ne souffriront ni des dégradations ni des démo- 
litions. 



M. Godefroy Jadin est né à Paris le 30 juin 1805. Il a passé plusieurs années en 
Italie, et a obtenu une médaille à l'exposition de 1834. 



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DE MARIE STUART, 



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Lorsqu'on entend prononcer le nom de la malheureuse reine 
d'Ecosse, on s'indigne contre Elisabeth. C'est une de ses rivales, par 
conséquent une de ses victimes; et alors, comme le malheur s'est ap- 
pesanti sur la tête de la belle Marie Stuart, comme sa mort a expié 
ses fautes, on ne doit point la juger, on ne peut que la plaindre. L'ex- 
cès dans le châtiment d'un coupable en fait presque un innocent. Que 
sera-ce donc s'il n'y a point eu de preuves certaines, et si l'on doute 
encore de la culpabilité? Mais l'histoire est la fille des événements, fille 
ingrate, indiscrète, qui révèle tout au grand jour avec sa voix puis- 
sante; l'histoire a dévoilé les causes intimes de la rivalité d'Elisabeth. 
Reine, elle craignait la puissance de Marie Stuart; femme, elle jalou- 
sait sa grâce et sa beauté. Ce fut affaire de politique et de coquetterie. 

Marie Stuart avait reçu avec résignation l'arrêt de mort prononcé 
contre elle; seulement elle se souvenait amèrement de la France qu'elle 
aimait et qu'elle avait quittée avec tant de regrets après la mort de 
son époux François II. Or, le 7 février 1S87, suivant le récit de Pas- 
quier, dans ses Recherches : « Condamnée à l'échafaud, Marie Stuart, 
la veille de sa mort, beut sur la fin du soupper, à tous ses gens, leur 
commandant de la piéger (de lui faire raison). A quoi obéissans, ils se 
mirent à genouil , et meslant leurs larmes avesques leur vin , beurent à 



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leur maistresse. » Dans ce souper mémorable, la reine d'Ecosse avait 
essayé de consoler ses fidèles amis et serviteurs, elle leur avait montré 
son courage et la tranquillité de son âme à l'approche du moment 
fatal. Aucune larme ne s'était échappée de ces beaux yeux qui allaient 
bientôt se fermer pour toujours. Elle présidait majestueusement ce 
repas d'adieu, comblée des bénédictions de tous, et puisant dans l'ex- 
pression même de ces regrets universels, sa force à quitter la vie. 
Quelle heure plus solennelle ! quelle situation plus pénible ! Ne devons- 
nous pas nous associer à cette douleur immense qui précéda la mort 
de l'infortunée Marie Stuart? 

C'est là une des pages les plus saillantes de l'histoire d'Angleterre; 
Pasquier seul, parmi les écrivains français, nous l'a transmise dans son 
naïf et beau langage. M. Serrur a choisi là un sujet admirable, plein 
de sentiment et de caractère. Quoiqu'il l'ait traité avec les proportions 
d'un tableau de genre, ce n'en est pas moins un véritable tableau d'his- 
toire; il est bien composé, il est d'un bel effet. Les personnages qui 
forment la scène sont bien en proie à la douleur, et mêlent évidem- 
ment leurs larmes au vin qu'ils boivent en l'honneur de leur souve- 
raine. Et ce vieillard, courtisan dévoué, rare exemple de l'accomplis- 
sement des devoirs, quel chagrin le dévore! l'âge ne lui a pas permis 
de s'agenouiller, mais il regarde la jeune reine, et boit comme les 
autres pour obéir à ses ordres. 

Tout est étudié dans le tableau de M. Serrur, ensemble et détails. 



M. Serrur est né à Lille en 1797. Il est élève de M. Regnault, et a obtenu trois mé- 
dailles d'or aux expositions du Louvre. 



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FAC-SIMILE D'UN DESSIN DE M. PAUL FLANDRIN , 
Par M. Aloplic-H. 



La sculpture est l'art par excellence, le seul avec la poésie qui sur- 
vive aux générations détruites ; elle crée autant que cela est possible ; 
elle donne le corps, Dieu seul peut donner l'âme. Son domaine, c'est 
la nature, ce sont les lignes sévères du nu et l'animation des muscles. 
C'est en le comprenant ainsi que les Grecs avaient porté si haut cet art 
sublime; et en effet, l'histoire de Pygmalion est le symbole de la sta- 
tuaire chez eux; il a si parfaitement réalisé sa pensée que son œuvre 
s'est animée, et qu'il a, dieu de l'art, formé un être à son image. 

Mais le goût antique s'est peu à peu refroidi, la sculpture a dédaigné 
sa pureté primitive. Beaucoup d'artistes ont négligé l'étude austère du 
nu pour rechercher l'effet du costume, et ils n'ont pas senti que l'ap- 
parente facilité de cette nouvelle manière cachait d'immenses obsta- 
cles, et qu'à tout prendre, il fallait une supériorité de talent au moins 
aussi grande pour l'une que pour l'autre, et qu'avec le costume, il était 
au contraire plus difficile d'arriver au beau idéal. 

M. Simart, l'auteur à'Oreste réfugié à l'autel de Pallas, s'est renfermé 
dans l'étude de l'antique; il a compris d'abord qu'il importait au sta- 
tuaire de choisir, un personnage simple et grand à la fois, comme un 
héros d'épopée; il a cherché une situation multiple, aussi la figure 
d'Oreste est profondément triste et douloureuse; son corps a conservé 



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sa vigueur, mais, malgré ses efforts, il ne se soutient plus. Voyez comme 
cette tète est abattue, comme cette main est faible et inerte, comme 
cette jambe s'étend convulsivement! On comprend bien qu'il y a en- 
core un reste de force dans cet abattement du héros, dont la narine est 
presque fermée , dont la bouche exhale un soupir. 

M. Simart recherche avant tout la vérité et l'individualité ; la forme 
n'est point pour lui une simple convention; la beauté est à son point 
de vue la même qu'à celui de beaucoup d'autres, parce qu'elle est prise 
dans la nature. Il y a dans cette statue de la grâce, de la vigueur, de 
l'élégance ; en un mot, elle ressemble à l'antique. M. Simart doit cette 
perfection à des études consciencieuses. L'Oreste réfugié à l'autel de 
Pallas, est un des plus beaux marbres qui aient été exposés depuis 
longues années. 

Il n'est pas inutile de faire remarquer aussi avec quelle habileté cette 
statue a été reproduite par le crayon pur et correct de M. Âlophe-M. , 
d'après le dessin de M. Paul Flandrin. M. Simart ne pouvait trouver 
de plus scrupuleux interprètes, et ici, le scrupule est une qualité d'un 
prix inestimable. 

M. Charles Simart est né à Troyes en 1808. Il est élève de MM. Pi'adier et Ingres , 
il a remporté le grand pris en 1833. 



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LltliograpUlé par lui-même. 






Tout prosaïques que nous sommes, dans ce siècle d'illusions chif- 
frées, de préoccupations gravement frivoles, de sèche philosophie, 
nous rêvons parfois encore les jardins d'Armide. Nous aimons encore 
à nous transporter par l'imagination dans ces bosquets parfumés, ces 
grottes fraîches et obscures, ces parterres-mosaïques de fleurs, sous 
l'ombrage de l'exotique palmier. 

C'est pour nous un reste des traditions paternelles, de nos souvenirs 
d'enfance, et de M. de Florian. 

La féerie est comme le temps, elle poétise les objets réels, des grands 
hommes elle fait des héros; elle touche à la fois notre esprit et nos 
sens, si bien que nous nous rappelons davantage Renaud que Dugues- 
clin, parce que celui-ci est demeuré en chair et en os, tel qu'il était 
avec ses rudes manières, son seul aspect guerrier, et que celui-là a été 
environné de charmes et de prestiges, tour à tour aimé, perdu, dés- 
honoré, trahi, bienheureux. 

Les peintres se sont laissé entraîner par les poètes, et ils ont fabri- 
qué souvent des natures féeriques, ne comprenant pas qu'il fallait abso- 
lument les créer. Dieu sait ce qui en est advenu. Combien avons-nous 
vu d'étangs limpides ressemblant à des marres, sur la surface desquels 
se promenaient des nacelles, ou plutôt de véritables coquilles de noix? 
Nous nous croyions souvent dans ce charmant pays de Cocagne, dont 
le voyageur chansonnier nous a révélé les merveilles. 









D'autres se sont livrés aux seules études de nature, et il s'est trouvé 
que là surtout apparaissait pour nous la poésie: par exemple, dans un 
plein midi de M. Jules Dupré, une forêt de M. Cabat, un effet du soir 
de M. Corot, ou bien encore, si vous voulez, un site de M. Marilhat. 

Mais les convictions en matière d'art ne donnent pas le droit d'être 
exclusif; et, puisque nous savons nous passionner encore pour le clin- 
quant du Tasse, selon l'expression dédaigneuse de Boileau, permis à 
nous de fixer notre attention sur les tableaux qui nous reportent aux 
visions orientales, aux scènes féeriques. 

Nous avons sous les yeux les Cygnes, petit tableau de genre de 
M. Alexandre Colin. Une femme d'Orient, belle et riche personne, 
après avoir promené son jeune enfant dans un magnifique parc, le 
mène au bord d'un étang, et lui montre les cygnes qui animent ce mi- 
roir transparent qui réfléchit les arbres et les palais. L'enfant veut 
jouer avec eux; il les appelle, et sa mère, ayant arraché une tige de 
roseau, les attire vers son fils. Ce petit tableau, d'une couleur char- 
mante, a de la fraîcheur et de l'agrément. 

La Résurrection, qui fait partie des tableaux envoyés à l'exposition 
cette année par M. Colin, est une toile considérable. C'est son début 
dans la peinture sacrée , début heureux et qui peut l'engager à marcher 
franchement dans cette nouvelle voie. 



M. Alexandre Colin est né à Paris en 1798. Il est élève de Girodet. Sa première ex- 
position date de 1819. Il a été le directeur de l'École de dessin de Nîmes, depuis 1834 
jusqu'au milieu de l'année 1839. 












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Mtbograplilé par lui-même 



Je me rappelle avoir rencontré souvent sur la route de Rouen, un 
peu au-dessus de Rolboise, des paysans normands, à cheval, et che- 
minant au petit trot jusqu'à la ville voisine. Les jours de marché, 
c'était une affluence considérable de fermiers qui allaient ou revenaient 
de vendre leur beurre et leurs légumes. Combien de fois le père, la 
mère et l'enfant montaient le même coursier! Le père tenait les guides 
pour diriger la marche, la mère et l'enfant galopaient en croupe; ou 
bien, pour peu que la provision fût lourde et embarrassante, on arra- 
chait à l'herbe tendre les deux chevaux de la ferme, et la petite ca- 
ravane tenait la route, comme nous le dépeint M. Bellangé. 

En Normandie, les paysans ne sont pas coquets. Leur plaisir est de 
fumer, de rire, de récolter et de dépoteyer quelques bons pots de cidre. 
La toilette compte pour bien peu dans la dépense du ménage; et j'ai 
connu, près de Lisieux, un fermier riche à plus de huit mille livres de 
rentes, qui mettait régulièrement cinquante francs de côté par an , pour 
son entretien, ni plus ni moins. Mais il n'en est pas de même des mé- 
nagères. La dentelle ruisselle sur leur costume, depuis la coiffe jus- 
qu'au bas des jupes. Si leur taille n'est pas plus svelte, plus étroite, 
cela ne tient qu'au goût, à la mode du pays. Du reste, bagues, épin- 
gles, boucles d'or, ne leur font pas faute; joignez-y une extrême 
propreté dans l'ajustement, et vous connaîtrez les avantages extérieurs 
des femmes de Normandie. Au village, la fermière se contente bien du 



I 



bonnet de coton, du jupon rayé, du fichu de Rouen; aussitôt qu'elle 
se rend à la ville, ce classique costume disparaît; la coiffe remplace le 
bonnet, et la mantille le fichu. 

M. Bellangé, ce peintre spirituel, pour qui Napoléon semble avoir 
créé le grognard, n'a pu manquer en Normandie de petites scènes de 
genre. Elles y fourmillent, on en rencontre à chaque pas, et il trouve 
là de quoi se délasser de ces travaux plus sérieux qui sont dus à son 
habile pinceau. Depuis plusieurs années, M. Bellangé a eu de grands 
succès. Le musée de Versailles renferme un de ses tableaux qui est 
fort remarquable. On s'y arrête avec charme et intérêt, devant cette 
Bataille de Wagram , si pleine de mouvement et de combinaisons stra- 
tégiques. La Lunette Saint-Laurent, où se rencontre un épisode de la 
vie du brave général Haxo, appartient au roi. 

Outre plusieurs petites toiles, M. Hippolyte Bellangé a exposé cette 
année la Bataille de Floudschoote , qui ne le cède pas à ses devancières, 
preuve irrécusable que M. Bellangé s'entend parfaitement à disposer 
des corps d'armée... dans un tableau. Plus d'un vieux soldat, plus d'un 
ci-devant grognard, aujourd'hui simple pékin, asenti son cœur palpiter 
lorsqu'il a eu jeté les regards sur ces glorieuses pages de notre histoire 
nationale, décrites avec tant d'intelligence et tant d'habileté. 



M. Joseph-Louis-Hippolyte Bellangé est né à Paris en 1800. Il est élève de Gros. Il 
commença par faire de la lithographie, puis de l'aquarelle, enfin des tableaux. 11 a publié 
plusieurs albums de charmantes compositions lithographiées , parmi lesquels V École 
du soldat, et des sujets militaires. 

Il a été nommé membre de la Légion d'honneur après l'exposition de 1835. 



SALON DE 1840, 



Publication de 
la France Littéraire. 



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Nous l'avons déjà dit, le genre portrait appartient à l'art véritable, 
aussi bien que toutes les plus grandes compositions possibles. La ques- 
tion, à cet égard, ne peut s'élever que devant l'œuvre exécutée. Si 
elle est belle, il y a de l'art, et on le comprendra facilement en se re- 
portant à cette idée fondamentale, que la peinture n'est que la repro- 
duction de la nature elle-même ; or, un portrait bien fait remplit cette 
condition. Mais il est inutile de s'appesantir plus longtemps sur cette 
matière. Pour nous, fidèles à ce principe qu'il faut estimer les belles 
choses là où elles se trouvent, et sous quelque aspect qu'elles se pré- 
sentent, nous avons donné place clans notre Album au portrait de 
M. D'Arcet, par M. Guignet. 

Nous avons rendu hommage aux œuvres de MM. Amaury-Duval , 
Hippolyte Flandrin et Auguste Charpentier; nous avons signalé leurs 
études approfondies et toute la perfection de leur talent, pour appro- 
cher de la nature. M. Guignet, lui aussi, a droit à nos éloges. Le por- 
trait de M. D'Arcet le met au premier rang; il est impossible de pein- 
dre avec plus de verve et d'exactitude, de rendre la physionomie avec 
plus de vérité; sa pose est noble, gracieuse; elle a bien cet air que 



I 



donne l'habitude du beau monde; l'expression de la figure est spiri- 
tuelle. Et puis, quel fini précieux! quelle netteté dans les traits ! quelle 
entente du coloris ! 

Lorsque je vis pour la première fois ce portrait (c'était le jour même 
de l'ouverture du Salon), je m'arrêtai longtemps devant pour l'exami- 
ner à mon aise. Qu'il doit être ressemblant! me disais-je; — à l'instant 
j'aperçus, en me retournant M. D'Arcet. C'était bien lui; il est impos- 
sible de porter plus loin. la ressemblance. J'appréciai en un moment 
ce premier talent de portraitiste, et j'examinai encore avec une plus 
grande attention; j'y remarquai beaucoup d'autres qualités. 

Ce portrait est plein d'éclat, il plaît dès l'abord. On comprend en- 
suite l'habileté et le savoir-faire du peintre; il s'est montré sobre de 
coloris sans en manquer le moins du monde; tout cela est brillant, 
mais sage et convenable à la fois; rien de heurté dans la touche, rien 
de forcé dans la pose. Il y a plus que de la ressemblance vulgaire, et cela 
reste cependant dans les strictes limites de la vérité. 



M. Jean-Baptiste Guignet, né à Autun en J812, entra, en 1827, chez M. Regnanlt 
pour y étudier la peinture; il n'a pu guère profiter des leçons de ce maître, M Regnanlt 
étant mort quelques mois après l'entrée de M. Guignet dans son atelier. M. Guignet a 
continué à étudier seul. 11 a fait de magnifiques portraits ; ceux de M me Purdy et de 
M me la comtesse d'Hautpoul , lui ont valu deux médailles d'or. 



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Craicos par le procède A Collas. 

TRÉSOR DE K L M 1 S H A T I Q C E ET DE GLYPTIQUE. 



La médaille est un monument de l'histoire, monument allégorique 
ou réel. Sur ces petites tables de bronze se grave la pensée des 
peuples, demandant au métal une durée certaine; c'est moralement 
et matériellement leur vie en relief. En effet, les médailles ne con- 
sacrent que les principaux faits de l'histoire ; ce sont comme autant de 
jalons, jetés de distance en distance, pour indiquer la marche de l'hu- 
manité. On le voit, la mission du graveur en médailles est noble, sé- 
rieuse, élevée ; il est à la fois sculpteur et historien ; son œuvre fera foi 
plus tard; on l'interrogera pour connaître l'exacte physionomie d'une 
époque. 

D'après son caractère monumental lui-même, la médaille doit dire 
beaucoup avec peu, sous-entendre une pensée dans un mot, une mul- 
titude de faits dans un seul homme. Aussi sera-t-elle souvent alléejo- 
rique. Elle personnifiera les choses, pour en rendre l'intelligence plus 
facile. On ne doit donc pas s'étonner que les sociétés antiques aient 
tant honoré cet art. Les Égyptiens, les Grecs et les Romains excellè- 
rent dans la gravure en médaille; ils s'y adonnèrent et ont atteint, 
pour ainsi dire, la perfection. Combien de mystères historiques n'ont- 
ils pas été dévoilés ainsi? Combien de fautes ont pu être relevées par 
des découvertes de médailles? Nous leur devons des documents cachés 
ou tronqués par la plume de l'écrivain. 



En France, on frappa très-peu de médailles sous les deux premières 
races de nos rois. Elles commencent à peine à Charles VIII, Louis XII 
et François I" ; encore sont-elles confondues avec les monnaies. Sous 
Henri II et ses successeurs, la gravure en médailles se perfectionna, 
grâce aux encouragements de toute sorte qui lui furent décernés. 
Louis XIII, Louis XIV, lui donnèrent un brillant essor; et l'on vit ap- 
paraître de grands artistes on ce genre : les Georges Dupré, les Warin, 
les Molart, les Duvivier, cpii nous ont laissé de véritables chefs- 
d'œuvre. 

Les médailles ont abondé pendant la révolution ; elles sont remar- 
quables alors, moins par leur mérite réel que par leur étrangeté. Il 
y eut une foule de graveurs particuliers, qui retracèrent les moindres 
événements do l'époque, sans que leur pensée fut soumise à aucune 
espèce d'examen. L'empire releva l'art de la gravure sous ce rapport, 
et il n'est guère de victoires de Napoléon qui n'aient été célébrées par 
une ou plusieurs médailles. Ce progrès continue de nos jours avec 
l'accroissement du nombre des amateurs. 

Parmi les graveurs actuels se distinguent MM. Barre, Bovy, De- 
paulis. Nous avons remarqué surtout au Salon de cette année, les 
médailles de M. Bovy, qui sont d'un style élevé, d'un beau caractère, 
et qui rappellent les magnifiques camées antiques. 

Nous croyons que c'est une indifférence reprochable à la presse de 
ne jamais s'occuper des médailles, car là encore se rencontre l'art, ce 
grand soleil aux mille rayons différents. 



M. Bovy (Antoine) est né à Genève; il est élève de M. Pradier. 



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INTÉRIEUR PRIS AU CENTRE D'UNE FORÊT DE LA BASSE-BRETAGNE, 

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Lithographie par M. Cliallamel. 



Vous partez, à grands frais, pour parcourir l'Europe ou l'Asie, vous 
traversez l'Océan pourvoir le Nouveau-Monde; lorsque vous revenez 
de ces longs voyages, l'expérience est à vous, au prix des conséquen- 
ces de vos fatigues. Cependant, voyageurs, vous ne vous expatriez pas 
toujours ainsi, avec intention de tracer votre itinéraire, de rechercher 
l'origine et l'importance des villes que vous parcourez, de donner à 
votre retour là relation de vos voyages. 

Non; vous partez bien souvent, tout bénignement, en chaise de 
poste, heureux quand la voiture peut vous conduire jusqu'en Bohême. 
Vous allez faire une promenade, recréer vos yeux, et respirer l'air des 
montagnes du Tyrol et des champs dorés de l'Italie. Il s'agit, pour 
vous, de passer votre temps et de saisir une occasion de plus pour dé- 
penser agréablement votre fortune; il s'agit pour vous de pouvoir dire, 
l'hiver suivant, au bal de l'ambassadeur ou au foyer de l'Opéra : « J'ai 
vu Genève, Saint-Pétersbourg, Milan, Naples, etc. » Eh bien! avez- 
vous visité votre pays, la France? n'a-t-elle pas des droits à votre 
curiosité? pourquoi ne pas lui donner la préférence? Comment, vous 
avez vu toutes ces lointaines contrées, et jamais vous n'avez parcouru 
le Dauphiné, les Basses-Pyrénées, les bocages de la Vendée, les mon- 
tagnes du Jura, et surtout la sauvage Bretagne! Croyez-vous que toutes 



ces provinces manquent de pittoresque?— Nous allons vous faire pé- 
nétrer dans une saboterie bretonne; vous jugerez. 

Au cœur d'une épaisse forêt de la Bretagne, on rencontre quelques 
chétives cabanes de bois et de branches mortes, recouvertes de terre. 
Ce ne sont point des repaires de bêtes fauves; des hommes naissent là, 
vivent et meurent là; à peine se doutent-ils de la série des jours. Lors- 
que les arbres de la forêt commencent à secouer leurs feuilles, ils sa- 
vent que le froid va venir; et lorsque les branches verdissent, ils ces- 
sent d'aller à la provision de bois. De loin en loin, ils se mêlent aux 
habitants de la ville située à plusieurs lieues de là; ils y portent seule- 
ment des charges de sabots et y achètent quelques ustensiles de mé- 
nage. Dans cette cabane, où le père et la mère travaillent sans cesse, 
l'enfant nouveau-né couche dans une crèche, et mange du pain noir 
aussitôt après avoir sucé le lait maternel. Les murs sont brunis par la 
fumée de l'âtre; le parquet est naturel, en terre; et quelquefois la 
pluie traverse la paille du toit. Si vous allez visiter les hôtes de ces 
habitations, ils vous reçoivent cordialement; il n'y a pas chez eux de 
misère : l'habitude et la nécessité les ont rendus heureux là. 

M. Fortin a beaucoup étudié la Bretagne, et nous venons de faire la 
description bien incomplète d'un intérieur de saboterie, qu'il a exposé 
cette année. Tous ses petits tableaux sont vrais; ce sont de délicieux 
portraits de la poétique Bretagne. 

M. Charles Fortin, né à Paris en 1814, a étudié chez M. Camille Roqneplan 



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TÂlLIâU 301 M. IFEAKSISQUI (SlIHIIll, 

lUttliograpulé par lui-même 



Les tableaux de M. Grenier sont autant de petites Nouvelles gracieu- 
sement arrangées pour nous divulguer, par-ci par-là, quelque épisode 
d'intérieur villageois, pour nous décrire quelques coins de paysage, 
bien simples , bien isolés , bien vrais. Il n'aime pas à gravir les mon- 
tagnes ; l'aspect d'un torrent lui fait peut-être peur; et j'inclinerais à 
penser que l'immensité d'une mer sans rivages lui a rarement suggéré 
de fébriles inspirations. Il ne lui faut pas de ces fougueuses natures que 
Dieu crée d'unmot, et que l'homme peut à peine comprendre. Il n'ose 
point lutter contre les difficultés qu'éprouve le peintre obstiné à les 
reproduire. Il lui suffit d'une maisonnette au détour du chemin, du 
clocher qui domine le village, du petit bois battu par les chasseurs, 
des champs de blé ou gazouille l'alouette , et de tous les paysans qui 
peuplent nos campagnes. 

Là ne se borne pas le talent de M. Grenier. Il a peint plusieurs ta- 
bleaux du genre historique , dont un , le premier qu'il ait exposé , et 
qui retraçait la mort d'Atala, lui valut une médaille. Nous connaissons 
de lui quelques tableaux de batailles parfaitement composés et habile- 
ment peints. 

On doit le compter aussi parmi nos plus habiles lithographes. Il a fait 
paraître beaucoup de sujets et de recueils lithographies. Nous citerons 
ses Chasses, qui obtinrent un grand succès. M. Grenier est un de ceux 
qui, dans ces derniers temps, ont le plus contribué à rendre populaire 






la lithographie, cet art qui sut faire bonne justice de ses détracteurs, 
et qui s'est tant perfectionné depuis quelques années. 

Parmi les tableaux exposés au Salon de cette année par M. Gre- 
nier, on remarque des Enfants jouant avec un Chien , et le Retour de la 
Laitière; ce dernier tableau a été lithographie par M. Grenier lui-même, 
et prend place dans notre collection. 

Le sujet est gracieux. Une jeune mère, qui vient de vendre du lait 
à la ville , a placé son petit enfant sur le cheval de ferme. Elle le sou- 
tient , car elle tremble pour lui. A quelle prévoyance ne conduit pas 
la sollicitude maternelle? La laitière est encore fraîche et jolie ; on voit 
que cet enfant est chéri comme un premier fruit du ménage. Comme 
il s'amuse ! comme il est heureux ! c'est qu'il a grandi bien vite, par 
enchantement, et qu'il peut regarder sa mère du haut de sa taille. — 
A gauche, une muraille qui borde le chemin. Au fond, un paysage, 
une rivière qui se perd à l'horizon. Tout cela est frais et coloré, et 
d'un laisser-aller tout charmant. Nous pourrions reprocher seulement 
à M. Grenier un peu de mollesse dans l'exécution; M. Grenier est un 
des peintres de genre qui a le plus de succès; et il le mérite. 

M. Francisque Grenier Saint-Martin est élève de David. Il a exposé pour la première 
fois en 1810, et a obtenu une médaille d'or de première classe en 1834. M. Jeannin 
édite avec beaucoup de succès, depuis longtemps, ses différents ouvrages 









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Lithographie par il Français. 



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Parfois, au coin du feu, dans les plus tristes jours d'hiver, nous nous 
prenons à regretter la verdure, les fleurs, le ciel bleu; nous nous re- 
traçons, par la pensée, les sites les plus pittoresques de nos voyages ; 
mais il semble que le givre attaché à nos carreaux refroidisse nos sou- 
venirs; nous avons une idée vague des objets; leur couleur et leur 
forme nous échappent. 

Alors, si un peintre ami, compagnon de nos courses, a traduit sur 
la toile ces merveilles de la nature parée; si, en tournant nos regards 
vers quelque embrasure de croisée, un tableau nous apparaît animé, 
exact, fidèle, nos impressions nous reviennent bien vite. — Voilà cette 
belle esplanade d'Avranches, d'où l'on aperçoit le mont Saint-Michel; 
cette romantique gorge d'Appenzel, qui nous fait rêver la Suisse en- 
tière ; cette campagne de Rome, à l'aspect poétique et sauvage ! 

Quel malheur de n'avoir pu étudier et reproduire tous les coins de 
pays que nous avons parcourus ! 

M. Paul Flandrin nous promène aux environs de Rome ; il nous 
montre ces prairies accidentées que domine la magnifique villa du noble 
Ralien, que traversent en chantant toutes les femmes d'Albano et de 
Tivoli. Ne nous lassons pas d'admirer ici la pureté sévère des lignes et 
la savante perspective . C est là que se rencontrent les premières, les plus 
précieuses qualités du paysagiste. Suivons ces sentiers qui sillonnent 



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la campagne, descendons à droite dans cette vallée boisée, où l'on doit 
respirer une exquise fraîcheur. Qui nous empêche d'atteindre le som- 
met du plateau? Nos regards s'étendront au loin, et ce suave horizon 
que le brouillard nous paraît d'ici envelopper comme un voile de gaze, 
se rapprochera de nous et deviendra plus distinct. 

Ces derniers mots nous ont échappé sitôt que nous avons aperçu les 
paysages de M. Paul Flandrin. Nous étions insatiable, nous ne pouvions 
nous contenter de l'étroit espace embrassé par lui dans son tableau; 
nous aurions voulu parcourir encore avec lui toute cette riche cam- 
pagne. 

Ce qu'il y a de plus exact à dire pour apprécier les paysages de 
M. Paul Flandrin, c'est qu'ils sont d'une belle forme. On y reconnaît 
le style du Poussin, moins la touche vigoureuse qui le caractérise. C'est 
la même ordonnance des terrains, la même disposition des plans. 
Quant à la couleur, on sent que M. Paul Flandrin la comprend inva- 
riablement telle qu'il l'indique, mais elle pourrait avoir plus d'éclat. 
Au reste elle ne manque pas de vérité, et, si quelque jour M. Paul 
Flandrin devenait plus coloriste, s'il cherchait à allier aux belles lignes 
de ses paysages l'étude brillante des détails, il se mettrait sans contre- 
dit au premier rang. 

Outre le paysage que nous donnons, nous avons remarqué plusieurs 
autres tableaux de M. Paul Flandrin, parmi lesquels nous citerons la 
Vue prise à l'île Barbe aux environs de Lyon, et surtout les Pénitents de la 
Mort dans la campagne de Home. 

M. Paul Flandrin est né k Lyon en 1811. I! a obtenu une médaille d'or en 1830. Il 
est élève de M. Ingres. 






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DU CHATEAU DE FONTAINEBLEAU, 

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TA1LIAHJ PEUKT PAU M. «JgTJl dMJVlli, 

Lithographie par 11 Victor Petit 



Christine-Alessandra , la fille de Gustave-Adolphe , mena une exis- 
tence de reine et de savante. Pendant vingt et un ans elle gouverna 
la Suède avec sagesse, avec esprit; puis elle se dégoûta du trône. Au 
grand étonnement de toute l'Europe, elle abdiqua les splendeurs 
royales au profit de son cousin, et visita la Flandre et l'Italie. C'est 
après ces deux voyages qu'elle vint se fixer en France, à Fontaine- 
bleau. Là , elle fut reine encore , par les grâces et les talents. Sa cour 
nombreuse se composait des poètes, des savants de l'époque, et 
Louis XIV lui-même , rendit de grands honneurs à Christine. L'arri- 
vée de la reine de Suède à Fontainebleau fit du bruit en France : on 
lui trouvait des manières étranges , des idées excentiques , pour une 
personne de sa qualité. 

Mais ce que l'on condamna à bon droit dans sa conduite , ce fut le 
meurtre de Monaldeschi. Le châtiment du coupable, ainsi puni par 
des voies illégales, ressemblait trop à une vengeance. Reine , elle eût 
commis là un excès de pouvoir. Devenue , par son séjour en France , 
hôtesse et presque sujette de Louis XIV, son fait portait atteinte à la 
justice royale 

M. Justin Ouvrié , voulant peindre la Cour ovale de ce palais ,qu'ha- 



bitèrent tant de princes célèbres , a su donner à son tableau un autre 
intérêt encore quecelui qui ressort exclusivement de l'art. Ils' est figuré 
voir Fontainebleau pendant le dix-huitième siècle, et de plus, il achoisi 
pour sujet l'arrivée de Christine. C'est en effet, avec l'abdication de 
Napoléon , l'événement historique qui préoccupe le plus ceux qui vi- 
sitent aujourd'hui ce magnifique palais. Les gardiens ne connaissent 
que ces trois demandes : La cour des Adieux?— la chambre de Chris- 
tine ? — le tombeau de Monaldeschi? tombeau qui est à Avon , village 
près de Fontainebleau. 

Cette cour ovale est un assemblage d'architectures diverses. Fran- 
çois I", Henri IV et Napoléon, se sont surtout complu à l'embellir 
à leur manière. On y voit du style renaissance, clu style Louis XIII, 
et de Y arrangement impérial. — Un monument est resté debout, qui 
avait vu les fêtes, qui s'était ressenti les caprices de plusieurs têtes cou- 
ronnées qui ne sont plus! 

Le tableau de M. Justin Ouvrié est d'abord d'une exactitude scru- 
puleuse, jusque clans les moindre détails; et l'exactitude du dessin est 
à l'architecture ce que la ressemblance est au portrait, elle est aussi 
indispensable que parfois difficile à obtenir. La couleur différente des 
bâtiments de diverses époques de la Cour ovale , est finement et ha- 
bilement indiquée. Et ici , nous ne pouvons nous empêcher d'adresser 
le même éloge au lithographe, M. Victor Petit. Revenant au peintre , 
nous ajouterons que son tableau est plein de lumière et d'harmonie, 
et que les figures, bien disposées, concourrent à l'effet heureux de 
ce charmant tableau. 

M. Justin Ouvrié a exposé aussi de jolies aquarelles. 

M. Justin Ouvrié est né à Paris en 1806. Il est élève de M. le baron Taylor, de 
M. Abel de Pujol, et de M. Chatillon, architecte. Aux expositions du Louvre qui se sont 
succédé depuis 1829 , il a envoyé un grand nombre d'aquarelles et de tableaux inspirés 
par l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie, qu'il a visitées. Il a obtenu une médaille d'or 
en 1831. 



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liiiiosraiiiik' par II. Léon Voël 

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Dante Alighieri naquit à Florence, la merveille toscane, en 126S. 
Il consacra les prémices de sa Muse à l'amour, comme disent les bio- 
graphes. 

Dante est, selon nous, l'imagination personnifiée; son œuvre est 
multiple, chacune de ses pensées eu contient implicitement mille au- 
tres. C'est là le propre du génie, c'est là sa fécondité; il semble vou- 
loir exprimer toujours moins qu'il ne pense. Lorsqu'on lit les vers de 
Dante, on sent qu'il y aurait tout un commentaire à essayer sur cha- 
cun d'eux. 

Il fut le plus grand homme de son siècle, et c'est à lui que l'Italie a 
dû sa suprématie intellectuelle pendant le moyen âge. A cause de lui 
qui avait marqué la route, elle brilla au moment où les autres nations 
de l'Europe commençaient à peine à sortir de la barbarie. Ce n'est 
pas tout : ce poëte (chose inouïe!) ce poëte, qui avait devancé son 
époque, ne perdit jamais dans la suite sa position suprême. D'autres 
ont eu plus de forme, plus de pureté; aucun ne l'a surpassé pour le 
génie. 

Lisez le Dante, et vous serez inspiré. C'est une intarissable source 
qui coule pour tous, pour le poëte, pour le peintre, pour le statuaire, 
pour le musicien. Cet effrayant génie suffit à en alimenter plusieurs 
autres; et combien de chefs-d'œuvre ne devons-nous pas à Dante, outre 
ses propres ouvrages! Comment n'en serait-il pas ainsi? 



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« Voulez-vous être remué, dit M. de Chateaubriand dans son Génie 
du Christianisme; voulez-vous savoir jusqu'où l'imagination de la dou- 
leur peut s'étendre? voulez-vous connaître la poésie des tortures et les 
hymnes de la chair et du sang? Descendez clans l'Enfer du Dante. » 

On connaît l'épisode de Beatrix. C'est le plus beau passage du Pur- 
gatoire; c'est, avec Franc.esca di Rimini , la plus magnifique création du 
poëte italien. II lui a prêté tant de charmes, tant de vertus, tant de 
prestiges, qu'il s'est surpris à l'aimer. Elle lui a retracé le modèle par- 
fait de la sainte passion de l'amour; elle lui est apparue en songe; elle 
lui a soufflé l'inspiration; la créature a contribué au pouvoir de son 
créateur. 

Longtemps le Dante a été méconnu en France. On n'oubliera pas, 
plus tard, que la nouvelle école littéraire a réparé cette énorme injus-" 
tice de plusieurs siècles, et qu'elle a su comprendre toute la sublimité 
poétique et philosophique du Florentin. Les Chateaubriand, les Hugo, 
les Michelet, les Ingres, les Delacroix, les Louis Boulanger, et mille 
autres, n'ont pas dédaigné de s'inspirer de ses œuvres. L'art ne périt 
jamais; tôt ou tard il sort vainqueur des chaînes qu'on lui avait don- 
nées. C'est ainsi que furent réhabilitées ces grandes figures du moyen 
âge, que nos pères trouvaient si barbares, 

L'Apparition de Beatrix au Dante a été parfaitement comprise et exé- 
cutée avec talent par M. Henri Delaborde. Il y a dans ce joli tableau 
des qualités de premier ordre, de l'harmonie, et une certaine teinte 
radieuse qui va bien au sujet. On voit que M. Henri Delaborde a 
étudié les maîtres avec fruit. 






M. Henri Delaborde est né à Rennes en 18ï2 I) est élève de M. Delaroche. II a ob- 
tenu une médaille d'or en 1837. 



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.Près de l'avenue conduisant à la Lanterne de Diogène, 
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Lithographie par lui-iucmc. 



Le château de Saint-Cloud appartenait à la maison d'Orléans, lors- 
que Marie-Antoinette, à laquelle il plaisait beaucoup, en fit l'acqui- 
sition en 1782. Elle y passa de douces journées, dans l'imprévoyance 
de la catastrophe politique qui se préparait. 

En 1793, le parc et le château furent mis au nombre des propriétés 
nationales. On ne conserva qu'une partie des jardins, et le reste dut 
servir à des plantations utiles. On y remarquait, ainsi qu'à Versailles, 
quelques champs de légumes. Cette double destinée ne dura que fort 
peu d'années. Saint-Cloud redevint complètement un lieu de plai- 
sance; et, sous le gouvernement directorial, le conseil des Cinq-cents 
et celui des Anciens y furent transférés. 

C'est laque se passa, comme on sait, la révolution de Brumaire, 
une des plus grandes épreuves de la vie politique de Napoléon. Le 
souvenir de sa réussite lui resta longtemps au cœur, et l'Empereur fit 
de Saint-Cloud ce que les Bourbons avaient fait de Versailles. Il y ré- 
sidait habituellement, sitôt que le démon de la guerre cessait de l'agi- 
ter. C'est de Saint-Cloud que sont datés la plupart de ces magnifiques 
décrets, aussi importants que des victoires, et où il s'occupait de la 
prospérité matérielle de la France. L'Europe entière connaissait le 
Cabinet de Saint-Cloud. 

Napoléon prodigua les embellissements au parc et au palais. De 



nombreux artistes s'appliquèrent à le décorer, et les fêtes les plus 
somptueuses s'y succédaient. 

Le parc de Saint-Cloud est bien situé; il est accidenté , frais, sombre 
en mille endroits. Si l'on monte jusqu'à une certaine position en forme 
de terrasse, et où se trouve la Lanterne de Diogène, on jouit d'un coup 
d'œil magnifique; on aperçoit au loin Paris, avec ses dômes et ses 
tours, ses hautes maisons; la Seine se déroule dans la campagne 
comme un large ruban d'argent, et l'on découvre la belle avenue des 
Champs-Elysées. 

A l'intérieur, si l'on se place à une des fenêtres du palais, la vue est 
bornée, mais cependant délicieuse. Ce sont des massifs de chênes et 
de marronniers verts, qui forment l'horizon d'un parterre émaillé de 
fleurs. L'aspect général est simple. Bien sûr, le parc de Saint-Cloud 
est un des plus pittoresques qui existent en France, dans les domaines 
royaux. 

C'est en face du château que M. Guiaud s'est placé pour peindre son 
tableau. C'était le plus beau point de vue. 11 l'a rendu exactement, 
fidèlement, de manière à évoquer nos souvenirs. Les tons variés et ri- 
ches des arbres s'y font bien sentir; le terrain du premier plan est bien 
peint, le ciel est lumineux. En résumé, c'est un bon tableau. 

M. Guiaud a fait avec succès de nombreuses et charmantes aqua- 
relles, et a enrichi de ses dessins plusieurs magnifiques publications. 

M. Jacques Guiaud est né à Chambéry le là mai 1810. 11 est élève de MM. Léon 
Goignet, Watelet et Gué. 11 a voyagé en Italie , dans le Tyrol , en Allemagne et en Bel- 
gique , et a exécuté , d'après quelques-unes des études faites dans ces différents pays , 
des tableaux qui ont été acquis par le Roi. 



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Lithographie par lui-même 



Sur la porte, au dehors, ces mots sont écrits : Atelier d'aniste; et 
quand vous les lisez, une voix mystérieuse se fait entendre; elle vous 
dit que dans ce modeste réduit habite l'Étude, qu'au seuil de cette porte 
où vous allez frapper, viennent expirer tous les bruits et toutes les 
niaises futilités du monde; que c'est lé lieu des rêves dorés, des en- 
thousiasmes, des extases, et qu'il ne faut pas le profaner, vous, riches 
et somptueux, parce que sa pauvreté apparente cache le génie et la 
grandeur. 

Mais nous sommes au seizième siècle; vous êtes un digne émule des 
Léon X et des Laurent de Médicis, vous vous intéressez aux œuvres- 
d'art et vous donnez au maître, non-seulement votre or, mais, ce qui 
vaut mieux encore, votre estime, car on ne paie pas une production 
du génie. Entrez donc, soyez le bienvenu. 

C'est un jeune sculpteur des temps modernes, ayant le poignard au 
côté, la longue chevelure, le maintien chevaleresque. Son ciseau taille 
dans le marbre un groupe auquel il va donner la vie; il contemple 
avec amour cette création. La critique n'a point encore jeté sur son 
œuvre ses regards impitoyablement scrutateurs; ses amis, ses protec- 
teurs seuls l'ont vue et l'ont admirée par avance. Quel espoir ! Oh ! 

que l'artiste est heureux dans ces moments-là! 

Derrière lui, deux belles jeunes filles au sourire gracieux. Qui sait? 
il y en a sans doute une qui l'aime et qui l'inspire. N'en est-il pas ton- 



jours ainsi? ne faut-il pas toujours un ange aux côtés de l'artiste: une 
mère, une sœur, une amie? Bien sûr, il a reproduit les traits de l'une 
d'elles, et celle-là est peut-être pour beaucoup dans l'accomplisse- 
ment du chef-d'œuvre. 

Les beaux-arts sont frères. Un concert s'est organisé dans l'atelier 
du sculpteur; il est d'autant plus agréable qu'il est impromptu. Je me 
doute bien du caractère de la musique qu'on y exécute, car ici on aime 
l'art pour l'art. — Écoutez, monseigneur. Avez-vous jamais entendu 
quelque chose de plus harmonieux et de plus pur dans vos éblouis- 
santes galeries? cette musique vous a-t-elle fait autant d'impression? 
Comment ne serait-elle pas supérieure ici? l'âme de l'artiste est une 
commotion électrique qui communique aux idées et aux choses son 
moi inimitable. 

J'ai décrit le délicieux petit tableau de M. Baron. Je ne pense pas 
qu'il soit inexact de dire que c'est une des plus parfaites miniatures à 
l'huile de l'exposition. Cela a l'aspect du fini sans en avoir les défauts; 
cela est gracieux de composition, de forme et de couleur. Nous pou- 
vons en dire autant de la Villa dans le pays Latin, qui forme, avec 
l' Atelier de sculpteur, l'envoi de M. Baron. Ce jeune peintre est du 
nombre de ceux dont on voudrait voir plus d'ouvrages, et de plus im- 
portants; ce n'est pas le moindre éloge que l'on puisse lui faire par le 
temps qui court. 

M. Henri Baron est né à Besançon en 1816. Il est élève de M. Gigoux. 









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«rave par H. A. Wacquez. 



La vallée de Java — Guevo-Oupas en langue javanaise— a environ un 
mille de circonférence. Elle est entourée de coteaux escarpés où croît 
une superbe végétation; on dirait d'une ronce sanglante au cœur d'un 
parterre de fleurs. Lorsqu'on descend dans cette vallée empoisonnée, 
un air fétide étourdit et force à reculer. Les oiseaux meurent en la 
traversant; et, au rapport d'un voyageur, on y voit beaucoup de sque- 
lettes d'hommes, de tigres, de sangliers, de cerfs, dont les os à demi 
consumés, sont aussi blancs que l'ivoire. 

Mais laissons parler ici le chirurgien hollandais Forsœck; c'est son 
récit qui a inspiré M. Jeanron. 

« Le bohom-upas, entouré seulement de quelques arbres de son 
espèce, croît au milieu des rochers, dans une vallée profonde de l'île 
de Java. Il exhale de malignes vapeurs qui détruisent la végétation 
d'alentour. Les criminels condamnés à mort obtiennent la faveur de 
chercher leur salut en essayant de recueillir la gomme qui en découle. 
Munis d'une boîte d'écaillé, de gants et d'un capuchon de peau, ils 
suivent un ruisseau qui les conduit à la vallée de la mort. Celui qui est 
assez heureux pour en revenir est reçu avec transport par les habitants 
de Java, qui trempent leurs flèches dans ce poison mortel. » 

Nous savons que tout cela a été contesté ; mais nous abandonnons 
l'authenticité scientifique pour n'examiner que la question d'art. 
M. Jeanron a parfaitement senti quel devait être l'aspect de son pay- 



sage. D'abord, selon le climat, les terrains sont brûlants et desséchés, 
excepté à de rares intervalles. Ce ruisseau tiède coule sur un lit de 
cailloux et de racines pétrifiées. Comme ces arbres sont jaunes ! à peine 
si leurs feuilles se sont développées. Le ciel est nuageux, triste, plein 
de vapeurs ; en voyant là ces cadavres entassés, je me doute bien que 
c'est la nature qui les a assassinés, et qu'ils ont fait mille efforts pour 
triompher d'elle. L'ombre même de ces rochers est perfide. Mon Dieu ! 
ce criminel qui s'approche de l'arbre pour y recueillir le poison, n'est- 
il pas déjà frappé de mort ! A la vue de ses compagnons étendus par 
terre, comment a-t-il osé... ? Et la liberté ! 

Il y a, dans le tableau de M. Jeanron, imagination et science, les 
deux conditions nécessaires d'une œuvre complète. De même que cette 
nature javanaise est exceptionnelle, de même il a cherché à donner au 
paysage un caractère particulier. La forme, le dessin, la couleur, nous 
y rencontrons tout réuni. En regardant son tableau , notre illusion a 
été telle que nous avons tremblé ; et cependant nous ne pouvions en 
détacher nos yeux ni notre esprit. Dans le Bolmm-L'pas , on s'aperçoit 
que M. Jeanron n'est pas que paysagiste; les personnages y sont par- 
faitement dessinés. 

M. Jeanron a exposé un autre paysage, les Bords de la petite Briance, 
dans la Haute-Vienne ; c'est un petit point de vue lumineux et d'une 
fraîche végétation. Le portrait de M. Aimé Martin, du même peintre, 
est ressemblant d'abord , et de plus, vigoureux de couleur et de dessin. 

Un mot maintenant de la gravure qui reproduit le tableau de Bohom- 
Upas. Autant l'œuvre était parfaite, autant elle était difficile à rendre 
exactement. M. Wacquez, qui a exposé lui-même cette année une 
belle Vierge, d'après un dessin de Raphaël, n'est pas resté ici au-des- 
sous de son modèle. 

M. Philippe-Auguste Jcauron est né, en 1810, à Boulogne-sur-Mer. Tl est, avec 
M. Léopold Leclanché, traducteur et commentateur du Fasari. Il a visité l'Auvergne et 
tout le midi de la Fiance. 






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DE L'ABBAYE DE LONGPONT 

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Lrltliograptafcc par lui-môme 



Qui peut rester insensible à la vue d'une fleur? — Ces couleurs 
éclatantes et variées, ces délicieux parfums nous captivent. La fleur, 
c'est le diamant de la végétation; la verdure nous calme et nous re- 
pose, la fleur nous sourit. Sans doute, il n'y a que le méchant qui 
n'aime pas les fleurs, parce qu'elles ont un langage innocent et pur, 
parce qu'elles portent aux douces rêveries. Mais le poëte entend et 
commente ce langage, et il n'est pas indifférent aux prairies, aux par- 
terres, tous ces bosquets prodigués par la nature. 

Nous savons bien que les fleurs d'un si ravissant aspect se refusent 
presque à être pourtraictées par le pinceau ; les fleurs artificielles nous 
semblent souvent être autant de parodies. Mais aussi , dans notre France 
qui n'a pas de printemps, et dont l'été passe comme un rêve, il faut 
que nous puissions nous créer nous-mêmes une éternelle saison de 
fleurs. Voyez, le présent disparaît si vite, que nous avons tout de suite 
besoin de souvenirs ! 

Un tableau de fleurs qu'on regarde en hiver, c'est comme un coin 
d'azur illuminant le ciel pendant l'orage. Le tableau nous semble par- 
fait, le ciel nous paraît aussi bleu que le saphir. 

La vue de l'Abbaye de Longponi (département de l'Aisne), est une 



innovation heureuse. Il y a à la fois paysage et étude de fleurs. C'est 
un gracieux enclos où se trouvent réunis la lumière , les fleurs, les 
fruits et les instruments du jardinage. Nous y apercevons l'antique ab- 
baye de Longpont, dans la partie habitée aujourd'hui par M. de Mon- 
tesquiou. Une riche nature est étalée sous ces voûtes ridées par le 
temps; tout y est gracieux, jusqu'à ces saules qui courbent tristement 
leur tête inclinée vers la terre, jusqu'à ces tiges rampantes qui s'atta- 
chent à la pierre pour lui donner la vie. 

M. et M"" Champin ont tous deux un joli talent. Il n'est pas que nous 
nous rappelons plusieurs magnifiques bouquets de fleurs dessinés par 
M"" Champin. Quant à M. Champin, c'est à lui que nous devons les 
aquarelles les plus importantes qui aient jamais été faites. Il s'est placé 
depuis longtemps au nombre de nos plus habiles lithographes, et tra- 
vaille ardemment à perfectionner cet art qui ne manque pas d'avenir. 

M. Champin a publié deux ouvrages fort remarquables, et que nous 
croyons devoir signaler dans cette notice. Nous voulons parler de Pans 
historique, dont le texte est sorti de la plume élégante et spirituelle de 
M. Charles Nodier, et surtout de la Grande Chartreuse, série de vues 
admirablement exécutées et d'une exactitude parfaite. 

L'aquarelle originale de la lithographie que nous donnons ici appar- 
tient à M. Rhoné, grand amateur, et l'un des Mécènes qui se plaisent 
à encourager activement les beaux-arts. 

M. Jean-Jacques Champin est né à Sceaux en 1796. Il est élève de M. Storelli , et a 
exposé pour la première fois en 1819. Il a obtenu la médaille de première classe en 1831 . 
Il a longtemps voyagé en France , en Suisse, en Piémont, et possède une collection nom- 
breuse de sites d'après nature. 



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DU VILLAGE DE GENZANO 



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■JUiographlé par M Français 



Près d'Albano, l'antique villa des Césars, au bas d'une colline boisée, 
se trouve le lac de Némi. C'est une magnifique nappe d'eau profonde, 
limpide et transparente, et qui, vue d'un certain côté, reflète mer- 
veilleusement le joli village de Genzano. Aussi, parmi les nombreux 
souvenirs qui s'y rattachent, il ne faut pas oublier la dénomination 
pittoresque qui lui était donnée par les anciens. Ils appelaient le lac 
de Némi Spéculum Diana:, miroir de Diane. La belle déesse des forêts 
avait un temple aux environs; et sans cloute, dans ses courses rapides, 
il lui arrivait de se regarder dans le lac, elle, à la fois mortelle et 
déesse, et qui, la nuit, abandonnait le ciel pour s'enivrer de l'amour 
du berger Endymion. 

Aujourd'hui les fables ont disparu. Sur les ruines du temple de 
Diane s'est élevée la petite ville de Némi ; il ne reste des temps mytho- 
logiques que la fontaine d'Égôrie; mais le lac a conservé sa transpa- 
rence, les bois leur fraîcheur, la colline son aspect pittoresque. 

Quelques barques sillonnent le lac d'une rive àl'autre, et de distance 
en distance un arbre majestueux trempe ses branches dans l'eau. 



M. Cabat est, comme on sait, un paysagiste au style sévère; tout est 
sujet pour lui. Qu'un chêne soit à demi consumé et renversé par 
l'orage; qu'il se présente à lui un coin de forêt bien sombre, bien 
touffu; qu'il soit arrêté dans sa route par un marais couvert de roseaux 
et de nénufars, vite il saisit ses pinceaux, et se met à l'œuvre. Il est 
de ceux qui pensent que tout est beau dans la nature , l'ouvrage infini 
de Dieu. 

Il n'y a rien que de très-naturel dans le paysage compose. Le peintre 
a vu ces terrains, ces massifs d'arbres, ces eaux tremblotantes, ces 
fuyants immenses qu'il réunit dans un seul tableau. Il ressemble au 
poëte qui multiplie avec art les situations et les caractères dramatiques. 
Pourvu que tous les éléments de l'œuvre soient vrais et bien disposés, 
nous ne voulons rien autre chose. Voyez les grandes toiles de Paul Vé- 
ronèse, les paysages du Poussin, les poèmes d'Homère ou de Milton, 
et dites que l'art n'est pas parfois une convention ! 

Le Lac de Nemi est un des plus magnifiques paysages du Salon. 
M. Cabat a exposé aussi le jeune Tobie, appartenant à M. le duc d'Or- 
léans, le Samaritain, et un Intérieur de forêt, tableaux tous fort remar- 
quables. 

M. Cabat peint avec la conscience de son talent; son coloris, qui 
paraît sombre au premier coup d'œil, prend de l'éclat et de la vérité 
après un plus sérieux examen; ses compositions ont de l'ampleur; 
pourtant, il faut le dire, les tableaux de M. Cabat nous semblent, cette 
année, moins colorés que par le passé. Le tableau du jeune Tobie est 
surtout admirable de lumière. 



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Fac-similé d'un dessin 
oricrinaJ de Rubens. 



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PIERRE-PAUL RUBENS, 



Par M. Léon Noël ( Lithographie.) 



Pierre-Paul Rubens naquit à Anvers, le 28 juin 1577. 11 fut un des 
plus grands peintres qui aient jamais existé. Son éducation avait été 
soignée, et il devint bientôt le meilleur élève d'Octavio Van-Veen. 
Il voulut compléter ses études par les maîtres italiens. Il visita donc 
et habita longtemps l'Italie. Rome, Venise, Gènes et Mantoue exal- 
tèrent son talent; mais c'est à Venise qu'il adopta définitivement la 
manière du Titien, de Paul Véronèse et du ïintoret. Lorsqu'il quitta 
cette ville, le bruit de son départ eut beaucoup de retentissement. — 
Le grand artiste allait prodiguer ailleurs les trésors de son génie, et 
Venise, l'envieuse Venise qui l'avait, il est vrai, formé, espérait le 
conserver toujours. Rubens voulait revoir sa patrie, que l'amour même 
de l'art ne pouvait lui faire oublier. 

Rubens était plus qu'un peintre : il était excellent architecte; il 
parlait sept langues différentes; il était homme politique; enfin il com- 
posa plusieurs ouvrages théoriques sur la peinture. 

Marie de Médicis se l'attacha , et c'est à elle que nous devons la 
plupart des tableaux de Rubens qui ornent aujourd'hui le musée du 
Louvre. Elle le chargea de plusieurs missions importantes. 

L'âge arrivant, Rubens retourna à Anvers. Il désirait y mourir; il y 
mourut le 30 mai 1640, laissant une immense fortune. Son fils aîné 






lui succéda comme secrétaire d'État en Flandre. — Van-Dick fut au 
nombre de ses élèves. 

Les cartons de Pierre-Paul Rubens sont nombreux. M. Léon Noël 
en a extrait et lithographie le dessin qui fait partie de cette livraison. 

C'est ici, à propos de M. Léon Noël, un des plus dignes représen- 
tants de la lithographie à notre époque, que nous pouvons assigner la 
véritable place de la lithographie dans les arts du dessin. 

La lithographie, c'est le dessin que l'on est parvenu à multiplier à 
l'infini, en autant d'épreuves qu'il est possible. Aucun travail artificiel 
ni mécanique; vous y reconnaissez toujours la trace du crayon. Il s'agit 
à la fois d'un original et d'une copie; l'original consiste dans le dessin 
sur pierre, les copies sont les épreuves. 

Selon nous, la lithographie a moins de fini que la gravure, mais sous 
le rapport de la vérité , elle ne lui est point inférieure. Si elle a moins 
de netteté qu'elle, en revanche elle se rapproche plus de la nature. Le 
crayon n'a point la dureté ni la roideur du burin. Il suffit de nommer, 
à l'appui de notre opinion, MM. Léon Noël, Alophe, de Lemud, 
Aubry-Lecomte, Marin Lavigne , Deroy, Desmaisons, Mouilloron, 
Challamel, etc., etc., etc. 

M. Léon Noël a acquis une réputation justement méritée. Habileté, 
vigueur de touche, fraîcheur de crayon, fini précieux d'exécution, il 
a. toutes les qualités qui font le bon lithographe. 

Le présent dessin de Rubens est une fantaisie. C'est un véritable 
groupe de sculpture, il s'y trouve du relief; il semble que ce soit là 
un épisode du Jugement dernier, de Michel-Ange. 



SALON DE 1840. 




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Justice de Tt ai an. 



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TA1L1AUJ 3P1ÏÏMT 2PÂ31 M. ITCÈH1 MELA<SM®IX , 

Mtliograplilc par H. Cliallamel. 



Le texte qui inspire un tableau est comme le fait que raconte l'his- 
torien ; il faut donc bien s'en pénétrer avant d'apprécier une œuvre 
quelconque. Sinon, il se peut qu'on tombe dans de graves erreurs , et 
qu'on se place à un faux point de vue. 

Presque tous les critiques qui se sont occupés de M. Eugène De- 
lacroix ont manqué de tact sous ce rapport. Et parce que M. Eugène 
Delacroix s'imprégnait complètement de son sujet, ils ne l'ont pas tou- 
jours compris. 

Cola a eu lieu pour la Justice de Trajan. 

Nous rapportons le passage du Dante, qui est l'explication la plus 
positive du tableau de M. Eugène Delacroix. Il est extrait d'une ma- 
gnifique traduction de M. Antoni Deschamps. 



Une veuve était là, de douleur insensée, 
S'effoi-çant d'arrêter sa marche commencée : 
Autour de l'empereur s'agitaient les drapeaux, 
Et la terre tremblait sous les pieds des chevaux. 
Au milieu de ce bruit la veuve semblait dire : 
« César, viens au secours de mon cruel martyre ; 
» Venge , venge mon fils qu'ils ont assassiné. » 
Et lui, semblait répondre et comme importuné : 
« Attends que je revienne ! » Et du fond de son âme : 
« Si tu ne reviens pas! » s'écriait cette femme. 
Trajan disait alors : « Celui qui régnera 
» Après moi dans l'empire, un jour te vengera. » 



Et la veuve : « Pourquoi la justice d'un autre, 

» Maître , lorsqu'à genoux je demande la vôtre. . . ? » 

Et l'empereur enfin disait : « Console-toi , 

» Il faut que j'obéisse à cette sainte loi ; 

» Je ferai mon devoir avant que je ne sorte , 

» La justice le veut et la pitié l'emporte. » 

Ayant sous les yeux ces vers, qu'on pourrait appeler des pièces de 
conviction, nous jugerons mieux le mérite réel de la Justice de Trajan. 

Ce cortège , qui est en marche , se trouve arrêté par les cris de cette 
femme de douleur insensée, et qui demande justice. Il y a tant de tu- 
multe, selon le poète italien, tant de drapeaux, tant de trophées, tant 
de soldats, que la terre tremble, et que cette procession triomphale a 
l'air d'une bataille. Le peuple est foulé aux pieds des chevaux; l'es- 
corte de Trajan est devenue confuse ; son cheval effrayé se cabre devant 
cette mère, qui crie à César de venger son fils assassiné. 

Le mouvement était la première chose que l'on dût rencontrer dans 
cette immense toile. C'est aussi le mouvement qui est, avec la couleur, 
le plus beau côté du talent de M. Eugène Delacroix. 

Tous les personnages du tableau agissent. Cette foule trépigne ; 
l'ordre du cortège vient d'être dérangé. 

De graves imperfections se mêlent à des beautés du premier ordre 
dans les tableaux de M. Eugène Delacroix; mais M. Eugène Delacroix 
est un peintre de génie ; personne ne possède à un plus haut degré que 
lui la vérité d'exécution, le sentiment de la forme, et l'éclat du coloris. 



M. Eugène Delacroix est né à Charenton-Saint-Mauricc , près Paris, le 26 avril 1798. 
11 n'étudia la peinture que fort tard, après avoir fait entièrement et d'une manière bril- 
lante ses études classiques, tl est élève de M. Guérin. Il commença à exposer en 1822. 
Il a été nommé membre de la Légion d'honneur, et s'est présenté comme candidat au fau- 
teuil de l'Institut. 















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Moi, décrire Venise! lorsqu'il existe déjà tant do descriptions laites 
par des témoins oculaires ou à l'aide de Balbi ! non , je n'ai qu'à choisir 
entre M""' s de Staël et G. Sand, qui ont rivalisé, celle-là avec sa froide 
philosophie, celle-ci avec sa poétique imagination. Ou bien, j'aurai 
recours à lord Byron, ou à M. Casimir Delavigne, ou bien encore à 
M. Jules Janin. Quel embarras, mon Dieu! et pourtant, je veux être 
consciencieux; et, comme je n'ai pas vu Venise, je ne me hasarderai 
pas à la dépeindre effrontément. 

Comme l'indigne frelon, je butinerai de fleurs en fleurs, savourant 
les parfums les plus doux, les sucs les plus savoureux, et j'aurai, de la 
sorte, bientôt donné une idée de cette Venise que M. Wyld a visitée, 
et qu'il a fort exactement rendue dans son dernier tableau. 

Venise, avec M. Barthélémy, de 1832, 

Pareille à la Vénus antique , 

Sa chevelure au vent, sort de l'Adriatique. 

Cette belle cité a encore son poétique aspect, si nous en croyons l'in- 
fortuné Léopold Robert, dont nous avons tant déploré la perte. Et 
M. Antoni Deschamps, ce vigoureux poëte qui nous a souvent redit 
son amour insensé pour l'Italie, voit toujours, à travers ses souvenirs, 

Les dames de Venise en gondole le soir. 

Ainsi, loin de nous, hommes prosaïques qui redoutez l'enthousiasme 
pour le beau , obstinés sceptiques qui nous exaltez le passé aux dépens 






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du présent, ou qui ne croyez ni à l'un ni a l'autre; suspecterez-vous 
M. Casimir Delavigne, qui fait dire à Fernando : 

Vos beaux jours sont moins beaux que" nos plus sombres nuits. 

Est-ce que le climat est changé? les canaux qui sillonnent la ville 
ont-ils été comblés? le soleil de l'Italie n'est-il plus le même? ne croyez- 
vous plus aux flots bleus et transparents de l'Adriatique? du haut du 
clocher de Saint-Marc ne découvre-t-on plus, comme au temps de 
M"" de Staël, toute la ville au milieu des eaux, et la digue immense qui 
la défend de la mer? n'aperçoit-on plus dans le lointain les côtes de l'Is- 
trie et de la Dalmalie ? 

Et d'ailleurs, Venise ne fût-elle plus que par sa grandeur passée, 
ne trouvât-on que des ruines aux lieux où s'élevaient des temples ou 
des palais, l'artiste et le poëte ne resteraient pas indifférents atout cela, 
eux qui voient et par les yeux du corps et par ceux de la pensée. L'ar- 
tiste reproduira avec amour ces arcades en ruines, ces colonnes dis- 
persées ; le poëte réédifiera la Venise du dix-septième siècle , et chacun 
d'eux, peut-être, y trouvera son compte. 

Voilà ce qui explique les nombreuses vues et descriptions de Venise, 
qui est devenue un lieu de pèlerinage pour l'artiste et le poëte. Toutes 
les fois que l'œuvre sera exacte et consciencieuse, nous l'admirerons. 
La Vue de Venise, dessinée par M. Wyld, méritait, à ce double titre, 
défigurer dans cet album. La lithographie, exécutée par le peintre 
lui-même, est la fidèle reproduction du tableau. 

Nous avons vu, dans l'atelier de M. Wyld, un beau tableau repré- 
sentant les Juifs d'Alger partant pour la Terre Sainte. 

M. William Wyld est né à Londres en 1806. Il n'a étudié sous aucun maître, et n'a 
commencé à faire de la peinture qu'en 1834; il s'occupait ava.it de politique. 11 a ob- 
tenu une médaille d'or en 1.839. 



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Lithographie par SI. Oscar Horvf utero. 



Buckingham, qui était l'ami du duc de Glocester, avait essayé de le 
faire nommer roi par le peuple rassemblé. L'essai ne réussit pas; mais 
on détourna le sens des manifestations populaires, et il se trouva bien- 
tôt que Glocester dut obéir au prescrit qui ne lui était pas imposé , et 
qu'il lui fallut ceindre malgré lui la couronne. 

Le duc de Glocester changea son nom en celui de Richard III , le 
26 juin 1483. — Personne n'osa prendre en main la cause du légitime 
roi Edward V. 

Toutefois, les deux neveux de Richard III pouvaient lui devenir 
hostiles à mesure que leur âge et leur raison se développeraient. 

L'usurpateur devint assassin. Dépouiller un homme conduit logique- 
ment à le tuer. 

Vainement Buckingham, cédant à ses remords, se fit le chef d'un 
complot au profit du jeune Edward. Les deux princes avaient été 
transférés du palais de l'Archevêché à la Tour de Londres. Robert 
Brackenbury, le gouverneur, fut chargé de hâter leur mort. Il refusa. 
Mais Jacques Tyrrel, maître de ses écuries, le remplaça pour vingt- 
quatre heures; et les deux fils du roi Edward V, furent étouffés, de 
nuit, par Slater, Dighton et Forrest, scélérats aux gages de Tyrrel. 

Le sujet du tableau est le départ des deux enfants pour la Tour de 
Londres. Elisabeth, veuve du feu roi, veut les retenir auprès d'elle; 
elle tremble sur le sort de ses fils. De sinistres pressentiments torturent 
son cœur de mère. Les laissera-t-elle s'éloigner avec le protecteur? sur 






■■ 






quoi motivera-t-elle son refus? Et d'ailleurs, le bon cardinal Bourchier, 
si vénérable et si dévoué, parvient à la rassurer. Elle les confie, elle 
les livre à Glocester, après leur avoir donné le baiser d'adieu. 

Cette scène est lugubre en face du dénouement qui la termine. On 
sait que les craintes d'Elisabeth sont fondées, et que ces larmes antici- 
pées, qui inondent ses paupières royales, vont bientôt couler plus 
abondamment encore. Maudite soit sa faiblesse de femme ! Et cet ami 
au cœur pur qui la conseille, pourquoi faut-il qu'il ne sache pas pré- 
voir la catastrophe horrible qui s'apprête ! La vertu est ainsi faite, elle 
se refuse à croire au crime. 

Nous répéterons, pour le tableau de M. Gosse, ce que nous avons 
dit à propos du Dernier souper de Marie Stuart, par M. Serrur. C'est un 
grand sujet d'histoire traité avec les proportions du genre. 

Peut-être est-ce un tort ici , toutes les physionomies devant expri- 
mer un caractère différent. Ces petits personnages ressemblent un peu 
à des acteurs du théâtre enfantin qui joueraient des drames de M. Victor 
Hugo. Le moyen que ces enfants, ignorants de toutes choses, nous 
puissent traduire exactement tous les effets du crime ou des passions ! 
le moyen que toutes ces petites têtes d'un pouce nous représentent 
exactement, dans un tableau , l'une des craintes maternelles, l'autre 
l'ambition, celle-ci la bonté du prêtre, celle-là l'étonnemeut! C'est un 
défaut d'exécution matérielle. 

Quant à la composition du tableau en elle-même , elle est bien or- 
donnée. On reconnaît la manière habituelle de M. Gosse, qui a fait ses 
preuves depuis longtemps. 

M. Gosse est depuis longtemps membre de la Légion d'honneur. 



SALON DE 1840 








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Le Port de Marseill 



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DU PORT DE MARSEILLE 

TABLEMJ PBIHT FÂM M. EU<G. ISABBT, 

Mtliogranliié par M. Eugène Cfcêrl. 



Vous avez vu Bordeaux, Brest, le Havre, mais peut-être n'êtes-vous 
point encore allé à Marseille, cette belle ville qui domine la Méditer- 
ranée, et qu'on peut appeler la Gênes moderne. Ah! descendez bien 
vite le Rhône, laissant Avignon sur votre passage, et visitez Marseille. 

Marseille est située entre le pied d'une chaîne circulaire de monta- 
gnes et la mer. Il y a la haute et la basse ville, la ville nouvelle et la 
ville antique, deux images de civilisation ancienne et moderne. Le port 
est vaste, d'un accès difficile, mais d'un refuge assuré contre la tem- 
pête , comme ces bois sombres et discrets défendus par des buissons 
d'épines. L'entrée en est gardée par le fort Saint-Nicolas et par la tour 
Saint- Jean. Et puis il y a le beau château d'If, bâti par François I er , 
les îles de Pornègue et de Ratoneau , jointes ensemble par une im- 
mense digue. 

Marseille est un vaste bazar. S'il vous arrive de sortir le soir pour 
aller à la promenade, et de longer les quais qui avoisinent le port, vos 
yeux et vos oreilles sont émerveillés. Les costumes maures , grecs , 
égyptiens, algériens, etc., se croisent et se succèdent. Ici on parle an- 
glais, ici espagnol, là maltais, plus loin arabe. On s'entretient des dé- 






parts et des retours; on s'informe du commerce fait aux Échelles du 
Levant; on s'apprend ce qui se passe aux quatre coins de l'Europe. Il 
y a tel moment à Marseille où l'on se croirait partout ailleurs que dans 
une ville de France. 

Les rues sont remplies de marchands et d'étrangers. Les théâtres 
sont fréquentés, particulièrement ceux de musique : le goût musical 
est fort répandu à Marseille. On comprend que l'Italie n'est pas loin. 
La ville a l'éclat, l'aspect méridional, et cependant elle est plus active 
que les autres villes du midi. Le commerce, les sciences, les arts y 
occupent une place honorable. 

Une des gloires de Marseille, c'est le grand nombre d'hommes il- 
lustres qu'elle a produits. La poésie, l'histoire, la peinture, la musique, 
la guerre, la politique, lui sont redevables de représentants célèbres; 
et, pour ne pas remonter trop haut dans la nomenclature que nous 
voulons en donner, nous citerons : le généalogiste d'Hozier; Pierre 
Puget, peintre, sculpteur et architecte; de Bastide, Gravier, Barthé- 
lémy, Méry , E. Guinot, et tant d'autres poètes et écrivains; le giron- 
din Barbaroux, et Gardane, fameux général de l'empire. 

Le tableau de M. E. Isabey représente l'entrée du port de Marseille. 
Il y a du mouvement partout; c'est bien là l'activité d'un port. Nous y 
voyons les flots bleus de la Méditerranée, cette mer toute de reflets et 
de mirages, si différente de l'Océan jaune et orageux. Ce tableau a de 
l'aspect et de l'éclat; il est resplendissant de lumière et fort ressemblant 
dans les moindres détails, si l'on peut dire ainsi. On sent que tout cela 
est fait avec étude, mais aussi avec facilité. C'est de la grande et belle 
peinture de marine. 

La Vue du Port de Marseille est le seul tableau exposé par M. E. Isa- 
bey. Il a été commandé par M. le ministre de l'intérieur; il est destiné 
à orner un de nos musées nationaux. 

Cette toile augmentera encore la réputation de M. E. Isabey. 



M. Eugène Isabey est né à Paris le 22 juillet 1804. Il est élève de son père. Il a ob- 
tenu la médaille d'or en 1831, et a été nommé membre de la Légion d'honneur en 1832. 






ALBUM DU SALON LE 1840, 
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DEGAMPS 



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DE M. DECAMPS, 

PIEIT PAK M. lULSg! ITII, 

fcravô par il. A. IVacqnez 



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Il suffirait peut-être de rappeler ici, en forme de catalogue, tous les 
tableaux , toutes les aquarelles composées par M. Decamps, depuis son 
début dans la peinture. On verrait que son talent s'est élevé bien vite, 
et s'est toujours soutenu à une grande hauteur; que son pinceau est 
varié, fécond , spirituel , parfois profond et philosophique ; qu'il a abordé 
tous les genres, en leur imprimant son cachet individuel. Mais il vaut 
mieux, nous le croyons, apprécier succinctement l'auteur de la llaiaille 
des Cimbres, ses ouvrages n'ayant pas besoin d'être rappelés. 

M. Decamps est né en 1803. Il commença à étudier la peinture chez 
M. Abel de Pujol, un des soutiens les plus fervents do l'école davidieme. 

A peine M. Decamps eut appris ce que nous appellerons le matériel 
de l'art, que l'originalité de son talent se développa. Il comprit, tout 
d'abord, que le soleil donnait la vie à la nature, et qu'il fallait de la 
lumière et du soleil dans un tableau. Il se pénétra de cette idée que 
rien n'est réellement indigne du peintre, et que le génie, d'ailleurs, 
peut rehausser les choses en apparence les plus triviales; qu'il n'y a 
rien d'affreux ni d'inutile en soi dans la création, et que c'est un blas- 
phème de prétendre le contraire. 






Sorti de l'atelier de M. Abel de Pujol, M. Decamps commença en 
1827 à envoyer ses ouvrages aux expositions du Louvre. On se rap- 
pelle l'immense succès de son tableau de la Bataille des Cimbres, véri- 
table chef-d'œuvre de composition, de mouvement, de détails et de 
couleur; on se rappelle aussi le Corps de garde sur la roule de Srnyrne 
à Magnésie. 

M. Decamps est un de nos plus grands peintres; c'est une gloire de 
notre école française moderne, la seule qui se préoccupe encore de 
chercher les voies inconnues de l'art, la seule qui veuille tendre au 
progrès. Nul n'approche plus que lui de la vérité, nul ne sait plus que 
lui parvenir à une exécution heureuse. 

Le Salon de 1839 a été un triomphe pour M. Decamps. On allait de 
tableaux en tableaux. Ici, c'était le Samson; là, le Supplice des crochets; 
plus loin, Joseph vendu par ses frères; enfin, les Enfants jouant avec une 
tortue, Bairactar et les Experts. C'était presque un musée à part dans le 
musée général. Il est certain que je me serais contenté de ces incroya- 
bles Experts pour unique tableau de ma galerie. 

M. Decamps nous a manqué cette année. Combien nous regrettons 
de n'avoir pas rencontré l'occasion d'enrichir, par une de ses toiles, 
notre publication. 

Le portrait que nous donnons est le premier qui ait été fait du cé- 
lèbre peintre. M. Jules Etex, portraitiste tout à fait distingué, a seul 
pu obtenir quelques séances de son ami , et nous nous estimons heureux 
de pouvoir payer, nous aussi , à M. Decamps, notre dette de sympathie 
et d'admiration. 

On retrouve dans ce portrait l'expression de la physionomie et la vi- 
vacité du regard qui distinguent l'homme de science et d'esprit. 



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TÂlLlâ.0 PIHIT IPAM M. JULES ¥JklMim c 

Lithographie par M. Mouilleron. 



Sainte Cécile, encore sainte Cécile, toujours sainte Cécile. C'est 
abuser un peu d'une sainte, en vérité. Toutes ces saintes Cécile sont 
tendres et belles; elles sont de plus catholiques, apostoliques et ro- 
maines; surtout celle de M. Jules Varnier; mais, à la fin de tout, ce 
ne sont que des saintes Cécile. Pourquoi pas sainte Thérèse dans 
l'extase de la Thébaïde? ou bien sainte Théodule dans le doux parfum 
de son innocence? M. Jules Varnier n'en était pas d'ailleurs à sa pre- 
mière sainte : à ses débuts, il y a trois ans, le martyre de Sainte Cathe- 
rine a révélé diverses faces de son talent ; déjà l'étude sévère de la forme 
et de la couleur annonçait un vrai peintre de plus. Depuis, le peintre 
s'est élevé à la poésie ; il a compris qu'au delà de l'horizon des yeux il 
y a un autre monde encore; il a compris que tout en copiant la nature 
humaine il ne fallait pas oublier l'âme qui anime tout, l'âme qui se 
cache quelquefois, mais qu'il faut toujours découvrir. 

L'âme de sa Sainte Cécile n'éclaire peut-être pas assez la figure; 
ce n'est pas là cet éclair céleste , cette sécurité divine des vieux 
maîtres d'outre-Rhin. Mais tout en regardant le ciel, où elle croit en- 
tendre les harpes des archanges, sainte Cécile touchait à la terre, et 
j'aime le peintre qui, comme M. Varnier, rappelle le ciel et la terre 
tout à la fois. Cela est d'un bon peintre; et les uns sont plus rares que 
les autres. 

En voyant sa Sainte Cécile, on se demande s'il faut l'aimer ou l'a- 



dorer. Pourquoi ne pas l'adorer? C'est bien là la vierge de nos chastes 
rêveries ; voyez si ce regard ne s'élève pas jusqu'à Dieu ; ne voyez-vous 
pas son âme qui s'envole sur les ailes de l'extase ou de la prière? Oui; 
mais pourtant pourquoi ne pas l'aimer? N'est-elle pas faite comme les 
autres femmes (les belles femmes bien entendu)? Ces yeux qui s'élè- 
vent au ciel n'ont-ils pas trop parlé sur la terre? ne poursuivent-ils 
pas un de ces rêves qui commencent ici-bas et qui finissent là-haut? Et 
puis, cette main est si jolie que nos lèvres s'agitent malgré nous. Et 
puis, est-ce clone pour le vent de la mort, ces roses qui vont fleurir sur 
les joues? 

Enfin, cette sainte Cécile n'a pas trop l'air de faire son chemin dans 
le ciel ; c'est une vraie fille d'Eve; le serpent est là, on ne sait encore 
où, mais il est là. En attendant, comme c'est une belle fille à laquelle 
il ne manque rien , elle fait son chemin dans le monde à la louange de 
M. Varnier. 

M. Jules Varnier a exposé aussi cette année le Saini-Sépulcre , ta- 
bleau plein de qualités du premier ordre, et un portrait du général 
Championnet, qu'il a fait pour le ministère de l'intérieur. Ce portrait 
a, avant tout, le mérite d'être fidèle; ce qui n'empêche pas que ce 
soit un beau portrait. 

M. Jules Varnier est né à Valence (Drôrae) en 1815. Il est élève de M. Picot. 






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SALON DE 1Ô40. 



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Challamel del. 



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Vase funéraire. 

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Pans, chez Challamel&C*,E<iiteurs,™; de i'AVbsye 4. 




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Lithographie par M. Challamel. 



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Purifier par le feu le corps qui n'est plus qu'un cadavre ; réunir 
pieusement ces cendres; les renfermer dans une urne précieuse; con- 
server dans quelque coin de la maison du vivant les derniers restes de 
celui qui a vécu, souvenir incessant qui rappelle, au milieu des joies et 
des orages du monde, le néant et le repos de la tombe, — c'était une 
admirable coutume, vénérée chez les anciens, inconnue des modernes. 
C'était du stoïcisme contre la mort. On oubliait moins vite ceux qui 
n'étaient plus; et lorsque l'enfant voulait s'inspirer des grandes actions 
do son père, il allait contempler l'urne cinéraire qui renfermait les 
débris du héros. A toute heure, la veuve pouvait pleurer sur le tom- 
beau de son époux, la mère sur celui de son fils, mort avant l'âge. 

Le vase était ordinairement de marbre, d'agate ou de terre cuite. 
Le plus souvent on n'y plaçait aucun ornement : la mémoire du défunt 
parlait seule. Dans le cas contraire, on retraçait allégoriquement les 
principales actions de sa vie ; on indiquait le lieu de sa naissance et 
celui de sa mort, le commencement et la fin du voyage. On annonçait 
que Pluton avait trouvé cette âme trop belle ou trop innocente pour la 
jeter dans le sombre royaume. Puis les Grecs disaient, 'Av« r ,„, l es Ro- 
mains, Fatum, et les chrétiens, Providence. 

Le christianisme ayant succédé au monde païen, deux choses con- 



■ ■ 



tribuèrent, entre beaucoup d'autres, à proscrire l'usage de brûler les 
morts : il tenait entièrement au paganisme, et peu à peu s'était établi 
l'usage d'enterrer. Il y avait bien encore à Rome quelque antique fa- 
mille patricienne, en Grèce quelque peuplade qui, fidèles au culte de 
leurs pères, s'étaient élevés contre les nouvelles croyances et les mœurs 
nouvelles; mais elles disparurent bientôt, et le vase funéraire fit place 
au sarcophage. 

Chez nous cet usage n'existe pas, nous avons trop grande hâte d'ou- 
blier nos morts. Nous les avons enfouis dans les églises, dans les cata- 
combes, dans les cimetières. Nous avons même, par force, placé hors 
des villes les lieux de sépulture. 

Le vase de M. Pradier est destiné à renfermer quelques objets pré- 
cieux qui ont appartenu à un jeune médecin. Ce sont des souvenirs, 
ce ne sont point des images de la mort. 

Nous n'avons pas bien saisi la pensée de M. Pradier, lorsqu'il a ac- 
couplé le symbole chrétien et le symbole païen. Mais laissons au plus 
grand statuaire de l'époque la responsabilité de son œuvre, et admi- 
rons l'immense talent répandu sur cette sculpture, comme sur toutes 
celles qui sont sorties de son ciseau habile et fécond. 






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DE FOURCHAMBAULT, 

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Mtltograplilë par M Cballamcl. 



Fourchambault, bien que situé sur la Loire, à une lieue de Nevers, 
n'offrait, en 1820, qu'une plage stérile et inhabitée. C'était comme 
une terre maudite au milieu de cette belle province du Nivernais, si 
riche, si fertile, si productive. 

A cette époque, M. Louis Boigues, membre de la Chambre des dé- 
putés et président du conseil royal des arts et manufactures, visita 
Fourchambault. Il résolut d'y fonder une usine à fer, d'après les pro- 
cédés anglais, jusqu'alors de beaucoup supérieurs aux nôtres. 

L'entreprise méritait de réussir; son succès a été complet. En moins 
de vingt années, cette usine prit un accroissement immense, à un tel 
point que la fabrication des forges de Fourchambault s'élève aujour- 
d'hui à dix millions de kilogrammes de fer. 

Il n'y a pas que l'industrie qui ait gagné à ce magnifique établisse- 
ment. Un grand nombre de jolies petites maisons, entourées de jardins, 
sont venues se grouper à ses côtés; elles ont été bâties par les ouvriers 
des forges, avec leurs épargnes, et l'intéressante population de Four- 
chambault atteint déjà le nombre de trois mille habitants. 

M. Louis Boigues était un de ces hommes honorables qui rejettent 
bien loin l'idée d'assimiler les hommes à des machines, comme on le 
fait en Angleterre, et de les ensevelir vivants dans des tombeaux infects, 
après les avoir tués dès leur jeune âge par un travail prématuré : hor- 
rible trafic qui inspira à mon ami Wilhelm Ténint une poésie, publiée 
il y a plusieurs années, et à laquelle je veux emprunter deux strophes. 



Elle est adressée à des enfants qui travaillent dans une fabrique : 

Toi, qui n'as pas encor ta force, 
Arbre à demi développé, 
Déjà , dans ta fragile écorce , 
La hache du gain a coupé ! 

Comme un nuage lourd et sombre 
Que la brise ne peut chasser, 
Sur toi chaque heure jette une ombre 
Lente à venir, lente à passer. 

A Fourchambault, les ouvriers sont heureux. II y a une école d'en- 
seignement mutuel pour leurs enfants, un hospice et une caisse d'épar- 
gnes. Tout cela est l'ouvrage de M. Louis Boigues, que la mort a ravi 
trop tôt à la reconnaissance de ceux dont il avait su améliorer le sort. 
Mais ses dernières volontés ont été bienfaisantes autant que toutes les 
actions de sa vie. Sa mère, ses frères et sœurs sont demeurés fidèles 
aux intentions qu'il avait manifestées. Ils viennent de faire construire 
une église et un presbytère qui complètent l'ensemble de ce bel éta- 
blissement. 

Que cette notice soit un hommage de plus rendu à la mémoire de 
M. Louis Boigues, qui fut un homme de génie ! 

M. Bonhomme a pensé, avec raison, que les forges de Fourcham- 
bault offraient au peintre un sujet curieux et intéressant. Il s'y rencontre 
des beautés particulières, et pour ainsi dire inconnues en peinture. 
Bien ne peut être plus, original que l'aspect d'une usine avec son mou- 
vement, ses accessoires, sa foule laborieuse. 

M. Bonhomme, après s'être fait un beau nom dans le genre, le pay- 
sage et le portrait, vient de se créer une spécialité qui sera d'un bon 
résultat pour l'art. Déjà, en 1838, il avait exposé un tableau remar- 
quable des forges d'Abbainville (Meuse), de M. Muel Doublât; cette 
année, une seconde vue de cette usine importante complète son expo- 
sition. 



M. François Bonhomme est né à Paris en 1809. 
Delaroche. 



I est élève de Lethière et de M. Paul 






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SALON DE 1840. 



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Andromède 



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Lîtliograpbiée par M. Dcsniaisons. 



Cassiope, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, était renommée pour 
sa beauté. C'était la merveille africaine ; les voyageurs arrivaient en 
foule pour la voir. Plusieurs princes s'étaient disputé sa main. Pour 
une mortelle, on lui rendait trop d'hommages. L'implacable Junon 
devint jalouse de Cassiope. 

La belle reine d'Ethiopie osa se comparera elle; mais Junon, la 
déesse la plus puissante et la plus coquette de l'Olympe, se vengea, 
elle et ses chères Néréides, qui étaient de moitié dans l'injure reçue. 

D'abord Neptune vint en aide à Junon. Un monstre marin dévasta 
le royaume de Céphée. Le roi d'Ethiopie consulta l'oracle qui servit 
la haine de Junon , et répondit que les malheurs de la contrée ne ces- 
seraient que si Andromède était enchaînée, exposée sur un rocher, et 
dévouée à la rage du monstre. 

Céphée obéit. Les Néréides exécutèrent elles-mêmes l'arrêt rendu 
par l'oracle. Andromède gémit quelque temps dans cette horrible si- 
tuation, appelant une prompte mort, redoutant plus encore le seul as- 
pect du monstre que sa rage et sa voracité. 

Mais Persée, fils de Jupiter et de Danaë, Persée, qui avait vaincu 
et tué Méduse, à l'aide du bouclier dé Minerve et des talonnières de 






Mercure, fut touché du malheur d'Andromède. Monté sur Pégase, né 
du sang de Méduse, il vola délivrer la fille de Cassiope, et l'épousa. 

Les acteurs de cette histoire ont été placés au ciel au nombre des 
constellations. 

Cette poétique fable inspira un magnifique tableau à M. Ingres. 
M. Lescorné l'a prise pour sujet d'une délicieuse statue. 

Andromède est attachée sur le rocher. Sa pose est encore suppliante. 
La douleur a contracté ses traits; tout son corps tremble de frayeur; 
elle sent que la mort est imminente, et le désespoir déchire sa pauvre 
âme éplorée. L'expression de la tête d'Andromède est admirable. Et 
quelle grâce dans la pose ! quelle pureté de contours ! quel modelé 
dans les chairs! N'y a-t-il pas de la vie dans ce marbre? Il semble qu'il 
n'y ait aucun travail de main, et que cette statue soit sortie toute ter- 
minée du génie du sculpteur. 

Elle a, en outre, un avantage matériel immense : elle est en marbre 
de Paros, fort rare aujourd'hui. Ce marbre est le plus beau, comme 
le plus doux à l'œil. 

M. Lescorné est auteur d'un Saint Michel fort remarquable, et du 
buste de Philippe V, fait pour Versailles. Nous indiquerons aussi les 
deux frontons de la galerie de minéralogie, au Jardin des Plantes, re- 
présentant, l'un lu Minéralogie et la Géologie , l'autre la Botanique. 



M. Joseph Lescorné est né à Langres (Haute Marne) , 
MM. Petitot et Cartellier. Il a obtenu une médaille en 1836. 



1802. 11 est élève de 



CLASSIFICATION DES DESSINS DE L'ALBUM DU SALON DE 1840. 












Portrait de M. Barre père, par M. Àlophe-M., d'a- 
près M. Amaury-Diiyal. 

/\ Ramus, par M. Mouilleron, d'après M. Robert- 
Fleury. 

Trois Amours poétiques, par M. Louis Boulanger. 

Le Rendez-vous de chasse, par M. Sorrieu, d'après 
M. H. Garnerey. 

Portrait de mademoiselle Rachel, par M. Alophe- 
M., d'après M. A. Charpentier. 

Le dernier Soupir du Christ, par M. Mouilleron , 
d'après M. Gcé. 

Abreuvoir d'animaux près de îa Cervara (Etats ro- 
mains), par M. Hostein. 

Luther enfant, par M Desmaisons, d'après M. Lé- 
curieux. 

Caravane arrêtée dans les ruines de Balbeck , par 
M. Challamel, d'après M. Marilhat. 

Le Diable transporte Jésus sur une haute montagne, 
par M. Ch. Muller. 

L'Aveu, par M. Mouilleron, d'après M. Jacquard. 

Vue prise à la mare de Bondoufle, par M. Tirpenne, 
d'après M. André Giroux. 

Embarquement d'Elisabeth d' Angleterre , par 
M. Alophe-M-, d'après MM. Alfred et Tony Jo- 
li ANNOT 

Les Batteurs de blé, par M. Bour, d'après M. J. Jol- 

L1YET. 

La Meute, par M. Eug Cicéri, d'après M. G. Jadin. 

Dernier repas de Marie Stuart, par M. Bour, d'a- 
près M. Serrur. 

Oreste réfugié à l'autel- de Pallas, statue de M. Si- 
mart, l'ac-simile d'un dessin de Paul Flandrin, par 
M. Alophe-M. 

Les Cygnes, par M. Colin. 

Le Betour de la ville, par M. H. Bellangë. 

Portrait de M. Félix d'Arcet, par M. Alophe-M., 
d'après M. Guignet aîné. 

Chaque dessin séparé, 1 fr. papier 



Médailles gravées, par M. Bovy. 
La Saboterie, par M. Challamel. d'après M. Fortin. 
Le Retour de la ville, par M. F. Grenier. 
Paysage (campagne de Rome), par M. Français, 

d'après M. Paul Flandrin. 
Cour ovale du château de Fontainebleau, par M 

Victor Petit, d'après M. Justin Ouvrié. 
Apparition de Bcatrix au Dante, par M. Léon Noël . 

d'après M. Henri Belaborde. 
Vue prise à Saint-Cloiid , par M. J. Guïaud. 
Atelier de sculpteur, par M. Henri Baron. 
Criminels condamnés à cueillir le poison de l'Upas, 

par M. Wacquez ; d'après M. Jeanhon. 
Ruines de l'abbaye de Longpont, pat M. Champin. 
Vue du lac de Némi, par M. Français, d'après 

M. Cabat. 
Fac-similé d'un dessin original de Rubens, par 

M. Léon N'oel. 
Justice de Trajan, par M. Challamel, d'après M. 

Eugène Delacroix. 
Vue prise sur le grand canal de Venise, par M. \V. 

Wyld. 
Le duc de Glocester et les enfants d'Edouard, par 

M. Oscar Morvilliers, d'après M. Gosse. 
Le port de Marseille, par M. Eug. Cicéri, d'après 

M. Eugène Isabey. 
I*ortrait de M Decamps, par M. Wacquez , d'après 

M. Jules Etex. 
Sainte Cécile, par M. Mouilleron, d'après M. J. 

Varnier. 
Vase funéraire , par M. Challamel, d'après M. Pra- 

dier. 
Les forges de Fourchambault , par M. Challamel , 

d'après M. Bonhomme. 
Andromède, par M. Desmaisons, d'après M. Les- 

CORNÉ. 

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DU COMTE DE FORBIN 



CONTENANT 



s*s ShtfcUaux, dessins et {Esquissas ks plus rcmatquniles 
PUBLIÉS PAR M. CHALLAMEL, ÉDITEUR. 
Le Portefeuille du comte de Forbin contient 43 dessins importants repro- 
duits par nos premiers artistes, et 60 pages de texte in-4° avec un beau portrait 
du comte de Forbin par M. Paulin Guérin, texte par M. le comte de Marcellus. 
Prix , 50 fr. papier blanc ; 40 fr. papier de Chine. 



HISTOIRE MUSEE 



DE LA 



REPUBLIQUE FRANÇAISE 

PAR AUGUSTIN CHALLAMEL 

AVEC COSTUMES, MEDAILLES, CARITURES, PORTRAITS HISTORIES 
ET AUTOGRAPHES LES PLUS CELEBRES BU TEMPS, 

Cet ouvrage, destiné à former le complément indispensable de toutes les histoires de la Révo- 
lution française, forme deux beaux volumes grand in-8, chacun de 400 pages, avec 300 vignettes 
sur bois imprimées dans le texte. Il est accompagné de 100 gravures, et d'environ 60 fac-similé 
d'autographes les plus curieux. — â beaux vol. grand in-8, 25 fr.